;68 VER
don d’un homme vivant en société. Mais un Solitaire,un Anachorète ne pourroit-il pas être vertueux ?
Vertu chrétienne. C’est un don que Dieu nous faitde la facilite & de l'inclination à connoître & à prati-quer les devoirs de la vie chrétienne.
On distingue les vertus en Théologales & en Morales.Les théologales, ainsi nommées, d’un mot Grec quidonne à peu près l’idée de cette définition, font cellesqui se rapportent immédiatement à Dieu, regardentDieu directement ; savoir ; la foi, seipérance'& lacharité. Voye\ ces mots.
Les morales font celles dont Dieu n’est pas l’objetpropre & immédiat, mais qui contribuent immédia-tement au règlement des mœurs, qui doit ensuite êtrerapporté à Dieu.
Il y a un grand nombre de vertus morales ; maiselle se réduisent à quatre principales , q u'on nommecardinales , du mot Latin cardo , base, fondement,parce qu’elles font comme la base & le fondement desautres. Ces vertus font la prudence , la tempérance ,la force & la justice. Voye\ ces mots.
Quelques-uns prétendent que le goût du bien, oudu moins son avant-gotìt sensible , est le seul motifdéterminant de nos amours les plus raisonnables. C’é-toit précisément sidée qu’Epicure avoit de la vertu :& il avouoit de bonne foi qiselle ne lui paroistòit qu’unnom vide de sens , si on la séparoitde la volupté. Il nefaut pas au reste s’alarmer de ce terme : il ne signifie,dans le langage d 'Epicure , que ce que nos Auteursentendent par plaisir ou délectation , cependant l’o-dieux de cette idée frappa dès-lors , quoique dans unsiècle encore payen, toutes les personnes qui a voientdes mœurs. On en perça bientôt toutes les conséquen-ces pratiques.
Le philosophe Cleanthes 1 attaqua par un autre en-droit. Il en fit voir le ridicule dans une peinture ingé-nieuse , dont Cicéron nous a conservé les principauxtraits.
Il y représentoit la volupté avec íes plus beauxatours , affiCe nonchalammant comme une Reine furson trône, le diadème en tête, le sceptre à la main, &au tour d’elle , toutes les Vertus rangées pour la ser-vir au premier ordre. La Prudence etoit préposée auchoix des plaisirs : la force faifoit la garde, pour em-pêcher la douleur de les venir troubler : la tempéran-ce les aílàisonnoit par une modération délicieuse : lajustice en regloit 1 ordonnance, en assignant à chaqueplaisir son temps & son lieu. Elles sembloient touteslui déclarer, autant qu’une déclaration peut se faire enpeinture, qu 'elles étoient ravies de n’avoir d’autreemploi au monde que de la servir.
Vertu , se prend quelquefois pour la personne même quiest vertueuse. On loue la vertu ; mais on la laisse semorfondre tristement dans l'indigence. S. Évr. Pro-bitas laudatur & alget.
Moi , je tiens'qu’ici-bas ,/ans faire tant d 1 apprêts t
La vertu Je contente,&vit à peu de frais. Loir.
Mais c 3 est peu que du crime un Roi tirevengeance ,
Si la vertu gémit d’être Jans récompense. Banchet.
Vertu , signifie quelquefois, pudeur, chasteté. Pudor 3castitas castimonia. Elle s'engagea insensiblementdans une inclination, qui donna à fa vertu plus de peine,qu elle ne croyoit. S. Réal. Elle fait pour moi tout ceque la vertu ne défend point. M. Scud.
Vertu, En Mythologie , déestè du Paganisme. Virtus.Les Romains bâtirent un temple de la Vertu , & untemple de 1 Honneur,- mais il falloir paster par le tem-ple de la Vertu pourrpatvenir à celui de l’Honneur.Ils entendoient par cet ordre, que le vrai chemin del'honneur est d etre vertueux . On peignoir la Vertuen femme grave & modeste , avec un port & un airqui inspirait de la vénération. Lucien la représentetriste, affligée , maltraitée de la Fortune, en sortemême qu’il lui étoit défendu de se montrer à la Courde Jupiter.
VER
Vertu , se dit aussi figurément en choses spirituelles, &signifie, Efficace, force. Vis , virtus , energia. Le Bap-tême a la vertu d’effacer le péché originel ; la péni-tence , d’effacer les péchés actuels. Le serpent d’airainavoit la vertu de guérir ceux qui étoient mordus desserpens.
Vertu, en termes de Théologie , se dit au pluriel ducinquième Chœur des Anges, qui est entre les Domi-nations & les Puisiànces, à qui on attribue la force defaire des miracles, & de fortifier les Anges inférieursdans les exercices de leurs fonctions. Virtutes.
Vertu Céleste. En termes de Philosophie hermétique,c'est la chaleur ouïe feu interne de la matière, qui vientdu ciel. Dict. Herm.
Esclave de la Vertu. Nom d’un Ordre de Chevaleriedes Dames, dont nous avons parlé au mot Esclave.Voye\ encore le P. Hélyot, T. VIII. C. 68. p, 417.
En Vertu, fe dit adverbialement, pour dire, Au nom,ou en conséquence, à cause du droit, du pouvoir. Irtnomine , per virtutem nomine. Les Apôtres ont faitdes miracles en vertu & au nom de Jeíus-Christ, LePrêtre absout son pénitent en vertu du ■ pouvoir queDieu lui a donné. Un Sergent exécute en vertu d’unarrêt, du pouvoir qui lui est donné par la Justice. Il aété exilé envertu d une lettre de cochet.
Vertu, se dit proverbialement en ces phrases. On dit,Faire de nécessité vertu , quand on profite des revers dela fortune, des accidens qui arrivent tous les jours dansle monde. On dit que ia vertu consiste dans le milieu,c’est-à-dire, qu’elle est éloignée des extrémités. In me-dio virtus.
Virtus est medium vitiorum j & utrinque reducium.
Hor.
On dit aussi d’un homme foible, qu’ilest comme Issoleil de Janvier , qui n’a ni force ni vertu. On dit lamême chose de l’onguent miton mitaine , qui n a niforce ni vertu. On dit aussi, que face d’homme porte
| vertu -, pour dire, la présence d’un homme sert beau-
[ coup à ses affaires. Le peuple fe sert aussi de ces sortesde sermens, Vertu de ma vie, vertuchou , yertubleu ,vertugoi, &c.
VERTU-CHOUX. Voyeq Vertugoi.
VERTUEUSEMENT, adv. D une manière vertueuse.Cafté , fanclè , intégré, honeftè. Dans ce Monastère,dans cette Compagnie, on vit fort vertueuj ement.
VERTUEUX , eu se. adj. Qui a de la force & de la vi-gueur. Validus. Il ne fe dit plus en ce sens propre, &ne s’emploie que dans le sens figuré & moral. Les Ita-liens donnent au mot virtuofo un sens qui n’a pointpassé dans notre langue. Voye^ Virtuolo.
Vertueux, en Morale, est celui qui a de la vertu. Voye£ce mot Virtute prœditus jVel ornatus inflruclus. Pourêtre vertueux , il faut faire le bien par choix , & nonpoint seulement parce qu’on y est entraîné par ses in-clinations naturelles. M. Es?. Il est plus sûr d’être ver-*’tueux par tempérament que par raison. M. Scud. Lafortune se range difficilement du parti des hommesvertueux. L. d'Héloïse a Ab. Je ne loue les actionsvertueuses, que lorsque la raison les conduit. M. Scud.Les passions sont le principe le plus ordinaire des ac-tions vertueuses. M. Es?. Ces vieillards qui prêchenttant contre les plaisirs, ne sont vertueux que par force.Mol. Le Sage des Stoïciens est un vertueux insensible.S. Évr. Les gens qui ne sont vertueux que par raison,sont de ces jets d’eau, oû l’art fait violence à la nature.Costar. On n’est point vertueux, quand on ne Testque par une inclination aveugle : pour l’être véritable-ment il faut l’être par choix & par l’estime de I 3vertu. M. Es?. Bien des gens ne sont vertueuxpar hazard, ou par tempérament. M. Scud. Vous fe*rez payé par vos vertus mêmes , d’avoir été justes &-vertueux. Fén.
Un homme vertueux, dit un Auteur aflèz connu »est celui qui a 1 habitude d’agir conformément auxloix & son devoir. Un homme vicieux est celui quia 1 habitude opposée. La vertu consiste dans l'habitu