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ENTRETIENS SUR L’ARCHITECTURE.
s’enroule le long du lut une sorte de frise, comme un ruban sur lequelsont sculptés, de la manière la plus admirable, les faits de la premièrecampagne de Trajan . Vers le milieu de la colonne, une "Victoire en bas-relief trace les actions du conquérant sur un pavois. Puis commence lasérie des bas-reliefs représentant la seconde campagne, jusqu’au-dessousdu chapiteau, dont le profil, se rapprochant du dorique grec, est ornéd’oves. Le tout est terminé par un piédestal circulaire supportant lastatue de Trajan . 8i la conception est belle, la construction y répond.Elle se compose d’énormes blocs de marbre blanc, dans lesquels sontévidés l’escalier avec son noyau. Le chapiteau est d’un seul bloc, et lepiédestal se compose de huit morceaux de marbre. La colonne Trajane nous fera bien reconnaître les différences profondes qui séparent lesRomains des Grecs dans les oeuvres d’art. Les curieuses descriptionsque Pausanias nous a laissées de la Grèce signalent à chaque instant,dans les places publiques, dans les acropoles des villes, des statues, desmonuments votifs, des bas-reliefs, sculptés par tel artiste, commandéspar Ici personnage pour consacrer un fait. Aussi ces villes grecquesdevaient-elles ressembler souvent à de véritables musées en plein air, àdes collections .d’œuvres d’art, entourant et remplissant les monumentsprincipaux. Pour le Romain, ce sont là des amusements. Pour lui, s’ilveut faire une œuvre d’art, il entend qu’elle soit ordonnée, qu’elle pré-sente un ensemble complet, qu’elle prenne l’importance d’une loi, d’unacte politique ou administratif, qu’elle en ait la clarté et l’esprit métho-dique. L’artiste disparait, le monument est un sénalus-consulte, et toutest dit. Quand avec des idées aussi larges et aussi élevées on réussitcomme à la colonne Trajane , j’avoue que, pour moi, l’art grec est vaincu,sinon dans sa forme, au moins dans son esprit. Mais il faut réussir,sinon mieux vaut un décret sur le papier qu’un mauvais monument quirend imparfaitement une pensée politique.
Mais revenons aux monuments d’utilité publique, qui constituent lavéritable architecture romaine.
Le monument romain a cela de particulier qu’on ne saurait l'étudierseul, il se relie toujours à un vaste système, il n’est pour ainsi direjamais isoié, c’est une partie d’un tout. Dans l’organisation politiquedes Romains, tout se tient, tout, jusqu’à la religion, concourt vers unseul but ; il en est de même dans leur architecture. Aussi les édifices quicaractérisent le mieux l’esprit romain, ce sont les thermes, les palais,les théâtres et leurs vastes dépendances, les villas, c’est-à-dire dessortes de cités monumentales réunissant dans leur sein tout ce quiremplit la vie matérielle et morale du Romain. Le Romain est partout