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le suivent de reconnaître et de rectifier ses erreurs. Cela est moinsdangereux que le silence, car le silence est l'obscurité, et dans l’obscuritéchacun trébuche.
Pour conclure, j’ajouterai donc : 1° que le temps est venu où il n’estplus permis à renseignement d’être exclusif; que vouloir maintenir cequ’on prend pour les bonnes et saines doctrines, c’est vouloir enfermerl’esprit de la jeunesse dans un cercle qui peut-être était assez large il ya cent ans, mais qui aujourd’hui n’existe plus, c’est perpétuer un étatde confusion funeste, c’est nier une masse énorme de connaissancesacquises, de recherches, de travaux utiles; "2° que, dans l’état d’incerti-tude où les meilleurs esprits sont tombés en fait de doctrine, ce n’est pastant les formes de l’art qu’il faut enseigner à la jeunesse que ses principesinvariables, c’est-à-dire sa raison d’être, sa structure, ses méthodes,leurs transformations suivant les besoins et les mœurs; ce qu’il fautrepousser, ce sont les théories vagues, tout système basé sur des tradi-tions qui ne peuvent s’appuyer sur un enchaînement logique de faits,ces formules prétendues inviolables et qui n’ont jamais été suivies pen-dant les époques brillantes de l’art. Quand la foi manque aux hommes(j’entends la vraie foi, celle qui ne discute pas), il ne leur reste qu’unguide, c’est leur raison, le sentiment du vrai, du juste; l’instrument estimparfait, j’en conviens, mais mieux vaut se servir de celui-là que den’en avoir aucun. L’orgueil moderne a remplacé la fatalité antique et larésignation du moyen âge ; tenons compte de ce changement des espritsdans la république des arts comme en politique les gouvernements entiennent compte dans l’art de gouverner les générations présentes. Ilest assez plaisant, on en conviendra, de voir que les chefs d’école quinous accusent de vouloir ramener les esprits en arrière , agissent commeauraient agi peut-être les magistrats athéniens ou des corporations dumoyen âge, et que nous soyons obligés de réclamer l’indépendance de laraison dans les arts. Voltaire signalait bien d’autres contradictions deson temps ; il ne faut donc pas désespérer de l’avenir.
C’est donc, à mon sens, par le raisonnement qu’il faut travailler notregénération d’artistes, et je suis convaincu qu’en l’habituant à raisonner,on parviendra à perfectionner un peu son goût. Chaque homme né artistepossède son art par Y intuition, mais le calcul et l’expérience servent àmontrer que cette intuition est juste ; c’est la preuve d’une opération del’esprit fort singulière : un homme rêve et remue plusieurs idées vieilles ;tout d’un coup il en vient une nouvelle, on ne sait pas plus le commentet le pourquoi qu’on ne sait comment de la conjonction d’un mâle etd’une femelle il naît un nouvel individu. Il est certain cependant que,