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Tome premier.
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179
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SIXIÈME ENTRETIEN.

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Si un homme (le cœur voit son pays envahi, s’il est témoin d’abusodieux, si sa conscience est opprimée, s’il souffre ou espère, si cethomme est poète, sa verve s’anime malgré lui ; il écrit alors, il touche,il émeut ; mais s’il vit dans un monde élégant, tolérant, facile, où l’excèsseul est considéré comme un manque de goût, que dira-t-il? Il décrirales fleurs, les ruisseaux et les vertes prairies, ou, échauffant son esprit àfroid, il se lancera dans le domaine du fantastique, du monstrueux, del’impossible, ou encore il manifestera un vague désir, un dégoût sanscause, il exprimera des souffrances sans objet. Non; le vrai poète,fouillant profondément cette société si calme, si uniforme en apparence,ira chercher dans les cœurs des sentiments qui ne périssent jamais chezl’homme, où qu’il vive; sous les vêtements semblables dont chacun secouvre, il trouvera des passions diverses, nobles ou basses, il rétablira knos yeux ces contrastes que nous nous ellbrçons de faire disparaître, et,à ce prix seulement, il se fera écouter et lire. Plus la société est civilisée,policée, plus l’artiste est obligé d’analyser, de disséquer les passions,les mœurs, les goûts, de recourir aux principes, de les saisir et de lesmontrer nus, s’il prétend, au milieu de cette société uniforme et pâle àl’extérieur, laisser une trace profonde. Aussi est-il plus difficile d’êtreartiste dans des temps comme les nôtres qu’au milieu de gens rudes,grossiers, déployant hautement leurs passions bonnes ou mauvaises. Auxépoques primitives, le style s’impose k l’artiste; aujourd’hui, c’est àl’artiste â retrouver le style.

Mais qu’est-ce que le style? Je n’entends pas parler ici du style entant que moyen de classification des arts par périodes, mais du styleinhérent à tous les arts de tous les temps, et, pour me faire mieuxcomprendre, je dirai qu’indépendamment du style de l’écrivain danschaque langue, il est un style qui appartient à tous le§ langages, parcequ’il appartient au génie humain. Ce style, c’est l’inspiration, mais c’estl’inspiration soumise aux lois de la raison, c’est l’inspiration revêtued’une distinction particulière à toute œuvre produite par un sentimentvrai analysé rigoureusement par la raison, avant d’être exprimé; c’estl’accord intime de la faculté d’imaginer et de la faculté de raisonner;c’est l’effort de l’imagination active réglé par la raison. Je l’ai ditprécédemment : l’imagination passive d’un Grec lui rappelle un hommesur un cheval, son imagination active le porte à faire de ces deux êtresun seul être; la raison lui démontre comment il doit souder le torse del’un sur le poitrail de l’autre ; il crée un centaure, et cette création a dustyle pour le Grec comme pour le Français .

Un écrivain distingué a dit dernièrement qu’en architecture « le style