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Tome premier.
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326 ENTRETIENS SUR I.’aRCIIITECTURE.

s’il est mauvais? le démolir? c’est un peu cher ; s’en servir comme on

peut? c’est le parti le plus sage.

Dans le domaine des lettres, de la peinture, de la sculpture, l’appelau public est réel ; entré l’œuvre de l’artiste et ce public, il n’y a pasd’intermédiaires, donc le monopole ou l’ostracisme est impossible. Eneussent-elles la volonté, les Académies française, des inscriptions, dessciences morales, celles de peinture, de sculpture, ne sauraient être ex-clusives, car l’opinion publique, dont on est bien forcé de reconnaître lacompétence lorsqu’il s’agit d’apprécier des œuvres littéraires, d’histoire,de philosophie, de peinture et de sculpture, finit tôt ou tard par ob-tenir, pour les auteurs ou artistes qu’elle adopte, l’ouverture des portesvénérées; de nos jours nous en avons vu des exemples remarquables ;mais il n’en saurait être de même pour l’architecture. L’architecte nepeut bâtir un monument dans son cabinet, l’appel direct au jugementdu public lui est donc interdit. Si, par malheur, il ne partage pas lesopinions du corps académique, il peut advenir qu’avec les plus heu-reuses disposiitons et les études les plus sérieuses, mais faites en dehorsde la villa Medici, il ne puisse fournir les preuves de son mérite, car,sur son chemin, il trouvera des adversaires assez puissants souventpour lui opposer un veto. « Soyez avec nous ou ne soyez pas ! » telle atoujours été la maxime suprême de tout corps placé en dehors du con-trôle de l’opinion publique. « Les écoles, écrivait dernièrement un de nosconfrères, sont intolérantes par conviction.» Mais un corps se recrutantdans son propre sein, ne devant compte de son enseignement, de sesdoctrines et de ses jugements qu’à lui-même, c’est ce qu’on appelle enfrançais une coterie. Supposez les hommes les plus distingués, les plussincères et mettez-les dans cette situation ; par cela même qu’ils sont sin-cères, savants et convaincus, ils fermeront la barrière devant tous ceuxqui ne partageront pas leurs opinions ou leurs préjugés. Exiger d’euxune autre conduite ce serait, dirai-je même, attenter à la dignité de leurcaractère, à la sincérité de leurs convictions ; mais alors comment es-père-t-on arriver à mettre en lumière des principes qui ne seraient pasadmis par l’école, des formes qu’elle repousse, des tentatives qu’elleconsidère comme subversives? comment obtenir un art jeune ou rajeuni,issu de l’examen des opinions diverses, des tendances de notre civilisa-tion, des besoins changeants de chaque jour? L’architecture n’est, aprèstout, qu’une forme donnée à des idées ; c’est, comme l’a dit un poète,un livre de pierre. .Si l’Académie française avait la volonté et le pou-voir d’empêcher l’émission de certaines séries d’idées nouvelles ou re-nouvellées, si elle pouvait contraindre tous les gens de lettres à n’expri-