370 ENTRETIENS SUR l’aRCIIITECTIIRE.
les formes qu’ils possédaient pour mieux satisfaire à ses goûts et de ses
habitudes.
Louis XIV et ses ministres, par conséquent, s’amusaient à discuteravec les architectes sur des questions purement d’art, et il est curieuxde connaître les raisons que déjà ces artistes donnaient pour adopter oune pas adopter telle forme, tandis qu’on ne se préoccupait d’une partni de l’autre des convenances, du temps, des distributions et de ce quidevait rendre l’habitation agréable ou même possible. 11 existe un livrefort curieux à ce sujet que les architectes ne sauraient trop consulter ;ce sont les mémoires de Charles Perrault , frère de l’architecte de la* colonnade du Louvre et de l’Observatoire Li Charles Perrault était premier commis des bâtiments du roi, commequi dirait aujourd’hui directeur des bâtiments civils. 11 avait naturelle-ment la pius haute opinion de ses connaissances en fait d’art; or, il nousa laissé des renseignements extrêmement précieux sur ce qui s’est passéà la cour de Louis XIV , à propos du projet de l’achèvement du Louvre de-mandé au cavalier Bernin, projet non suivi d’exécution, heureusement,malgré le bon vouloir du roi et les gasconnades du célèbre architecte ita-lien. Charles Perrault,qui voulait faire confier l’exécution de ce projet à sonfrère, et qui y parvint, du moins en partie, comme chacun sait, trouvaitle cavalier Bernin le plus extravagant des hommes, ce en quoi il n’avaitpas tort, et le fit éconduire. Mais ce qui est instructif, ce sont les motifssur lesquels s’appuie le premier commis du roi pour faire rejeter le pro-jet de Bernin. Écoutons-le : « Le cavalier n’entroit dans aucun détail,« ne songeoit qu’à faire de grandes salles de comédies et de festins,
« et ne se mettoit point en peine de toutes les commodités, de toutes les« sujétions et de toutes les distributions de logements nécessaires : choses« qui sont sans nombre, et qui demandent une application que ne pou-« voit prendre le génie vif et prompt du cavalier, car je suis persuadé« qu’en fait d’architecture il n’excelloit guère que dans les décorations« et les machines de théâtres. M. Colbert , au contraire, vouloit de« la précision, et savoir où et comment le Roi seroit logé, comment lea service se pourroit faire commodément. 11 croyoit, et avec raison,« qu’il fallait parvenir non-seulement à bien loger la personne du Roi, et« toutes les personnes royales, mais donner des logements commodes à■ tous les officiers, jusques aux plus petits qui ne sont pas moins néces-« saires que les plus importants ; il ne cessoit de composer etdefaire des« mémoires de tout ce qu’il falloit observer dans la distribution des diffé-
' Mémoires de Ch. Perrault de l'Académie française , cl premier commis des bâtiments duJloi. Avignon , 1659.