DOUZIÈME ENTRETIEN'.
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lasse le constructeur, des prix exorbitants. Le fait est que les architectesne dressent pas les séries des prix en raison d’un travail à faire, maissont obligés d’accepter ces séries des prix dressées par des personnesqui ne sont pas familières avec la pratique ; ainsi leurs désirs de réformes,admettant qu’ils en manifestent, s’arrêtent devant des formules auxquellesils doivent céder. 11 y a là , pour parler vrai, un cercle vicieux. Si lesarchitectes étaient généralement des constructeurs habiles et savants, ilsdevraient rédiger des séries des prix raisonnées et permettant de réaliserdes économies notables, car ils conformeraient les prix aux méthodesqu’ils auraient adoptées ; si les séries des prix étaient mieux en rapportavec les diverses méthodes de bâtir, les architectes trouveraient l’occasionde faire des économies, irréalisables dans l’état actuel. Mais les archi-tectes, préoccupés de maintenir des formes d’art qui ne s’accordent, niavec nos matériaux, ni avec les moyens actuels de les mettre en œuvre,n’ont pas su acquérir cette autorité, cette expérience qui, seules, pour-raient leur permettre d’influer sur les estimations. 11 semble même quechaque jour l’opinion du maître de l’œuvre en ces matières est de moinsen moins écoulée, et si les choses continuent ainsi, l’architecte ne seraplus qu’un dessinateur, qu’un arrangeur de formes extérieures, n’ayantsur les moyens d’exécution aucune action directe. Ce ne serait que demi-mal si l’art de l’architecture ne perdait pas à ce compromis-, mais il nefaut point se faire illusion, l’architecture n’est plus un art du jour où laconception et les moyens d’exécution sont divisés.
Constatons que, dans le public, il existe à cet égard les plus étrangespréjugés. On s’imagine généralement qu’il suffit, pour avoir un bel etbon édifice, d’en faire faire les desseins par un artiste estimé, quitte àréaliser cette œuvre graphique à l’aide du premier maçon venu. Quelquesadministrations ont même prétendu ériger ce procédé en système; lesrésultats en sont déplorables, non-seulement au t ‘ ’ vue de l’art, mais
au point de vue de l’économie.
Si donc les artistes de notre temps ne veulent pas assister à l’affaisse-ment de la carrière d’architecte, et, bien plus, à l’anéantissement deleur art, ils doivent réagir contre ces tendances. Comment peuvent-ils le faire? C’est, en devenant des constructeurs habiles, prêts à pro-filer de toutes les ressources que fournit notre état social, en cherchantles méthodes vraies, sages, économiques, et en oubliant un peu les erre-ments fâcheux qui dominent dans tous nos chantiers, pour en introduirede nouveaux, soumis à la raison. C’est aussi en conservant celte indépen-dance de caractère sans laquelle l’artiste n’est qu’un valet plus ou moinsadroit, payé pour se conformer aux caprices du maître.