QUINZIÈME ENTRETIEN. 211
vertes d’ornements; on cherche des effets décoratifs surprenants dans laconception des vestibules et escaliers; tout ce préambule pour conduireles gens dans des salons relativement mesquins. Vous avez vu des co-lonnes se dresser devant les façades, vous avez traversé des péristylesd’un effet majestueux, des escaliers féeriques couverts par des coupolesornées de sculptures, de rampes de marbres, et, après ce développementimposant, qui nous font supposer des galeries pouvant rivaliser aveccelles des hôtels Lambert ou du Maine, ou Mazarin , ou du palais Far-nèse, que trouvez-vous enfin? Des appartements très-ordinaires commecomposition générale, mais où l’on a prodigué les dorures sur pâtes, lesfausses boiseries, des tentures d’un effet mesquin, et tout un mobilier debrimborions qui sentent le boudoir de femme entretenue. Moins de ma-jesté à l’extérieur, plus de dignité et de véritable richesse à l’intérieursembleraient plus conformes aux principes de la véritable décoration.
Mais que dire de ces ordres fastueux de pilastres qui se développententre les étages supérieurs de nos maisons, et qui reposent... sur desboutiques ? Combien paraîtra ridicule cette richesse intempestive lorsque,— ce qui ne saurait tarder, — le goût du public fera un retour vers desformes simples et vraies après tant de débauches de luxe; lorsque vien-dra l’heure de mettre d’accord l’expression la plus sensible de l’architec-ture avec les mœurs. Que signifient ces maisons à location plus richesà l’extérieur que n’étaient les hôtels des grands seigneurs du xvii' siècle 3X’est-ee pas des vanités la plus triste, celle qui, derrière des trumeaux etdes chambranles chargés d’ornements, cache la gêne de bourgeois entas-sés dans des appartements exigus, dans des chambres pouvant à peinecontenir une couchette et un siège?
Il y avait dans le style d’architecture appliqué aux édifices et hôtels duxvn e et xvin e siècles une certaine harmonie. Chacun alors, — et les grandssurtout, — consentait à sacrifier les commodités de la vie à la majesté.On avait des cours spacieuses, des façades décorées largement; à l'inté-rieur de magnifiques vestibules, des escaliers solennels, et de vastes sa-lons, mais tout cela était obtenu aux dépens du comfort. Les chambresétaient le plus souvent, petites, entre-solées, mal aérées; les dégagements,des casse-cous. Les gens s’entassaient dans de misérables grabats sous lescombles. Hors les appartements d’apparat, on ne trouvait plus que lagène et l’apparence de la misère. Cela était dans les mœurs, il n’y avaitrien à dire. Mais dans une société démocratisée, ces imitations d’une aris-tocratie éteinte et peu regrettée sont d’autant plus ridicules, qu’elles nes'attachent qu’aux surfaces, aux apparences extérieures. Les mœurs l’em-portent sur cet art suranné et, pour plier les habitudes de comfort à cette