SEIZIÈME ENTRETIEN.
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el dont le siècle de Lebrun est resté pour elle l’expression. Par le fait,nous en sommes toujours réduits à ce romain de fantaisie, avec quelquessignes d’appauvrissement : ce qui doit être; et si nos architectes rapportentquelque chose de l’Attiquc, ce sont des narrations, mais des principes,point ; ou du moins se gardent-ils de les appliquer dans leurs œuvres.
Je ne tiens pas du tout à ce qu’on nous rebâtisse à Paris un des monu-ments de Thèbcs, ni même le Parthénon ; qu’en ferions-nous? Si l’ondoit absolument copier un édifice du passé, je préfère voir élever quel-ques-unes de ces constructions franchement romaines, comme, parexemple, la basilique de Constantin; au,moins pourrions-nous l’utiliser.Mais alors soyons modestes ; considérons les façades de nos édifices commedes expositions d’œuvres d’art, des musées ou des bazars en plein air oùchaque sculpteur offre son morceau aux amateurs, mais n’ayons pas laprétention de faire croire que nous savons appliquer l’art de la statuaireà l'architecture. Qu'on me permette, à ce propos, une anecdote ; d’ailleurselle n’est pas longue. A dix—sept ans, X... était élève dans l’atelier d’unarchitecte, membre de l’Institut, excellent homme s’il en fut, et qu’il vé-nérait comme il méritait de l’être, à cause de la droiture de son caractère.Ce maître taisait copier à son élève et laver beaucoup de fragments tirésd’édifices romains; et sur la marge de ses dessins, le jeune homme s’a-musait à faire des ensembles présumés des monuments dont une portionseule lui était confiée. Bien entendu, ces ensembles ne pouvaient avoiraucun rapport avec la réalité. Il bâtissait cela à l’aide de réminiscences detoute provenance, et Dieu sait quelles singulières compositions don-naient ces mélanges. Les éclectiques en eussent tressailli d’aise ! Une portedu temple de Cora se trouvait plantée sur quelque façade de maisonentrevue à Rouen ou à Dreux ; un ordre du théâtre de Marcellus étaitsurmonté d’un attique couvert de bas-reliefs et portait sur un soubas-sement emprunté à quelque palais de Florence . Les premières fois,le maître parut ne faire aucune attention à ces restaurations fantastiques;voyant que ces velléités se renouvelaient, il dit : « Qu’est-ce-là? » En balbu-tiant, l’élève cherchait à expliquer ses motifs. On lui tourna le dos. Cepen-dant, voyant que le mal était chronique, un beau matin l’élève fut appelédans le cabinet du patron, qui lui tint à peu près ce langage : « Mon ami,« vous perdez votre temps : si vous avez de quoi faire un petit voyage,« voici l’été, allez-vous-en sur les bords de la Loire ou en Normandie ,« copiez les édifices que vous verrez, et montrez-moi vos dessins au re-« tour. » Croyez que lerapin ne se fit pas répéter l’avis. Au retour, en effet,il n’eut rien de plus pressé que de mettre son portefeuille sous les yeuxdu patron. Après avoir tout regardé en silence : « Eli bien, dit-il, que