SEIZIÈME ENTRETIEN. '237
lui dans le dédale des pensées maladives qu’il a cm fixer sur sa toile, onest à ses yeux un sot.
En architecture nous avons aussi ces fourvoyés. Ils sont rares, j’en con-viens. et en présence du défaut d’idées que manifestent la plupart des con-ceptions architectoniques modernes, je me sens pris d’une grande indul-gence pour ces chercheurs à côté du droit chemin; encore sont-ils deschercheurs! Cependant la jeunesse s’en doit garer, ils sont dangereux.
Une page de copie employée à décrire, dans un roman ou une nouvelle,le coin d’une cour sordide ou le dessous d’un escalier abandonné aux rats,n’est qu’une page inutile; on la peut passer. Une plume légère, d’heu-reuses tournures, un cliquetis de mots, un choix d’antithèses piquantes,tiendront encore le lecteur en éveil; mais en architecture il n’en va pasainsi et les transpositions sont lourdes. Même sur le papier cet art est forcéd’exprimer la pensée par des procédés positifs, rigoureusement déduitsde lois impérieuses; et quand il faut rendre une idée vague, nuageuse,en dehors du domaine de la plastique, par de la pierre, du bois, du fer, onest bien près de toucher au ridicule.
N’est-il pas étrange qu’au moment où une certaine école d’écrivainss’efforce d’inventorier jusque dans les plus minutieux details un bout depaysage, une chambre, un taudis, sous le prétexte de vous faire paraîtreplus saisissante et vraisemblable la scène qui vase passer devant vos yeux,il se trouve des architectes qui, dédaigneux du côté matériellement impé-rieux de leur art, ne tenant compte ni des besoins les plus vulgaires, nides matériaux, ni de leur emploi, ni des rapports de la dépense avec l’im-portance de l’objet, prétendent exprimer avec de la pierre et du 1er unepensée complexe, difficile à faire saisir même à l’aide de l’analyse la plusdélicate.
L’architecture ne saurait avoir cette prétention, elle ne parle (pie le lan-gage / e. Il est clair que si l’architecte élève un mur sans ouver-tures, il donne l’idée d’tm lieu fermé, défendu, de la défiance par consé-quent ; (pie si, au contraire, il perce une façade de nombreuses baies etla décore de sculptures, il donne à son édifice une apparence hospitalière,y attache une idée de plaisance et de luxe. La défiance ouluxueuse sont d’ailleurs des impressions très-simples et concordantes avecla plastique, parce qu’elles touchent à des faits matériels, visibles et sen-sibles. .Mais comment rendrez-vous en architecture Y amour de lu patrie, lesentiment du devoir, la tolérance, l’idée do fraternité et d'union !
Ce sont là des résultats complexes et rélléchis des mouvements du cœurhumain, qui sortent entièrement du domaine plastique; et si, par aven-ture, un artiste essaye de rendre ces idées métaphysiques à l’aide de la