SEIZIÈME ENTRETIEN.
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Vous voyez un personnage à l’apparence vulgaire, aux traits irrégu-liers; mais sous ces traits, sous celte apparence, sauf quelques exceptionsheureusement assez rares, il y a une expression, un résultat d’habitudesqui domine, il y a ce qu’on appelle la physionomie. Or, le peintre ou lestatuaire de talent peut taire de ce personnage un portrait ressemblant,plus ressemblant que nature, s’il saisit cette physionomie, cette expres-sion dominante, s’il la fait ressortir en négligeant les détails vulgaires oulaids à trave"" lesquels elle se l'ait difficilement jour, et ainsi produira-t-ilune œuvre d’art. Le réaliste , ou du moins celui auquel on donne cetteépithète, se laissera tellement dominer par l’enveloppe grossière, il larendra avec une vérité matérielle si parfaite, un scepticisme si complet,que sa production ne pourra posséder aucune trace de la tlamme passa-gère qui parfois illumine son modèle. Il n’aura pas substitué à son mo-dèle un type de convention, mais il aura peint la lanterne en omettant lalumière qu’elle contient. Un des grands plaisirs intimes de l’artiste estsouvent de considérer avec attention une personne passant pour laide,gauche ou sans usage, et de découvrir dans ce modèle que le hasardlui montre des sources de beautés et de grâces cachées pour tous, et dese dire qu’avec ces éléments imparfaits, on pourrait produire une œuvreéminemment belle; de chercher par quelle suite d’cflbrls, par quel travaild’élimination et de choix il arriverait à ce résultat. C’est suivant cette ma-nière d’observer "que les Grecs ont procédé. Car ils sont aussi éloignés —je parle de leur beau temps — du poncif académique que du réalisme gros-sier. S’ils savent chercher et découvrir le beau même dans le laid —et pour trouver le beau il ne s’agit que d’en être l’amant passionné — ilsont en aversion le poncif. Le beau vit chez le Grec et n’est point embaumé,mais il vit dans le choix par sélection, en omettant ce qui peut l’entacherd’afféterie, de vulgarité, de détails misérables, de puériles recherches; etc’est autant par l’exécution que parla composition que la statuaire grecqueest entrée dans cette voie en abandonnant cependant, la première, lestraditions archaïques et en émancipant l’art. Elle n’a pu longtemps semaintenir à cette hauteur, il est vrai, mais la valeur d’un art ne se me-sure pas à sa durée. 11 nous reste à traiter des conditions dans lesquellesla statuaire monumentale produit certains effets préconçus.
Il n’est guère besoin de dire que la lumière donne à la statuaire savaleur. Dès lors le statuaire doit-il tenir compte des effets quelle pro-duira sur son œuvre. Il est évident, par exemple, qu'une statue éclairéedirectement par les rayons du soleil aura une tout autre apparence que sielle est éclairée par reflet ; donc l’exécution de cette statue doit être différentedans l’un ou l’autre de ces deux cas. Cependant si, comme il arrive sou-