Band 
Tome deuxième.
Seite
421
JPEG-Download
 

VINGTIÈME ENTRETIEN. 421

sommes que l’on supposait devoir être économisées par le moyen desrabais exagérés.

De ces roueries, j’en passe et des meilleures... La morale de ceci estque le plus sûr moyen donc pas être trompé ou dupé est de ne jamaismettre les gens dans l’obligation, pour se tirer d'affaire, de duper oude tromper.

Je ne sais pas si notre système d’adjudication, en lait de travauxpublics, permet de faire de sérieuses économies sur les travaux, mais jesuis assuré qu’il est actuellement immoral et dangereux, neuf fois surdix, qu’il donne à toute une classe d’entrepreneurs véreux les moyensde faire des affaires, et à une certaine catégorie d’usuriers, la facilitéd’exploiter ces entrepreneurs de la façon la plus scandaleuse.

Qu’arrivc-t-il? Un de ces entrepreneurs, toujours à la veille d’unedéclaration de faillite, doit faire sa paye tel jour; il lui faut AO 000 francspour satisfaire aux engagements pris avec ses fournisseurs et pour sol-der ses ouvriers. 11 ne doit toucher un mandat que dans un mois. 11souscrit une délégation à un de ces prêteurs que l’on trouve derrièrechaque entrepreneur véreux. Il touche AO000 francs et donne un reçude A5000 plus les intérêts à 8 pour 100.

Au moyen de sa délégation, un mois après, le prêteur touche en effetAO000 francs et porte au débit de l’entrepreneur 5000 francs, plus lesintérêts accumulés.

Mais il faut faire bientôt une seconde paye, et le prêteur devient d’au-tant plus exigeant que le travail s’avance ; de telle sorte, qu’en sus d’unrabais qui lui mange scs bénéfices et au delà, le malheureux entrepre-neur voit chaque jour le gouffre de sa dette se creuser davantage.

Au-dessus de la classe des entrepreneurs véreux, souscrivant des mar-chés onéreux pour le seul avantage d’avoir un maniement de fonds etun crédit factice, il y a la classe des entrepreneurs incapables et qui con-sentent des rabais fabuleux, parce qu’ils ne se rendent pas un compteexact de leurs opérations et que, sur trois ou quatre affaires simultanémentengagées, ils ne savent pas distinguer celles qui leur rapporteront un béné-fice de celles qui se liquideront en perte; qu’en un mot, ils ne savent pasétablir la situation exacte de leurs opérations partielles. Peu au fait d’une

coin .régulière, n’établissant jamais des inventaires sérieux, ils ne

connaissent leur situation que le jour où le passif est tellement au-dessusde l'actif qu'il leur faut liquider judiciairement.

Parmi ces entrepreneurs on compte quantité d’anciens chefs d’ateliers,qui, ayant amassé par leur travail et leur intelligence un petit capital,prétendent devenir patrons et faire l’entreprise à leur compte.

55

- F