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bas prix que vous réduisiez les pièces, l’ouvrier gagneratoujours une somme plus forte que vous ne vous y se-riez attendu (1). Ce qui distingue surtout l’ouvrier fran-çais de l’ouvrier belge, c’est que le premier insisteratoujours pour être mis aux pièces et le second pourrester à la journée. L’un gagnera toujours plus quel’autre, et néanmoins ils se trouveront au même pointtous les deux à la fin de l’année, parce que le Français aura chômé un jour ou deux de plus par semaine quel’ouvrier belge, et qu’ils auront tout dépensé chacun àsa manière.
« On a tort de s’étonner de cette imprévoyance del’ouvrier, » nous disait l’habile industriel dont nous par-lons. A peu d’exceptions près, le sens moral de l’ouvriern’est pas plus développé que celui d’un enfant de septou huit ans, aux mains duquel vous mettez une pièced’argent ; il la dépensera de suite en gourmandises ouen nunus, sans songer au lendemain. L’ouvrier fait ab-solument de même : l’idée d’amasser pour sa femme, sesenfants ou pour les époques de gêne ou de stagnationdans les affaires, ne lui vient pas. Si vous lui faites en-
(1) Nous tenons de la bouche de M. Regnier-Poncelet, directeurde la fabrique de Saint Léonard, qu’une pièce dont il n’avait jamaisobtenu plus d’une douzaine par jour, ayant été offerte par lui àl’entreprise, il en eut bientôt trente, puis cinquante, et qu’enfinle même ouvrier qui n’en faisait que douze, en fournit un cent au-jourd’hui dans le même nombre d’heures.
Nous tenons aussi d’un fabricant de papiers peints de Paris , quejusqu’en 1820, un imprimeur n’appliquait journellement qu’unecouleur sur une trentaine de rouleaux de papier. Aujourd’hui, unimprimeur à pièces, chez M. Leroy Dufour, imprime en un jourplus de 500 rouleaux. L’ouvrier de 1840 fait environ 50 fois plusd’ouvrage que celui de 1820.