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Nous pourrions prédire avec certitude que les écolesd'industrie où l’on donne à la jeunesse les premièresnotions de chimie pratique, vont augmenter considéra-blement le nombre des essayeurs, et qu'il résultera deleurs tentatives une multitude d’admirables inventions;car, nous le répétons, la mine des découvertes chimico-physiques est encore vierge ; les chimistes transcendantsse lancent dans les abstractions atomistiques à la suitedes grands géomètres; ils n’appliquent rien que deséquations sur le papier, sans s’occuper des opérationsindustrielles : heureusement qu’il nous arrive des chi-mistes de deuxième et de troisième ordre, ce que lesthéologiens et les casuistes de la science appellent destricoteurs.
Voilà la véritable pépinière des inventeurs! Trop descience rend irrésolu, trop d'ignorance rend incapable; ilnous faut une classe intermédiaire de chercheurs cou-rageux, qui tiennent d’une main l’équation et de l’autrela balance et le soufflet; des hommes enfin qui décou-vrent dans les auteurs des combinaisons que les auteurseux-mêmes n’ont souvent pas soupçonnées (1).
(1) Quand en 1854 nous annonçâmes à M. le baron Thénard, ausortir de l’Académie , que nous avions trouvé le moyen de fairebrûler le gaz h 'drogène de l’eau avec une belle lumière, il nousrépondit sans hésiter : Cela n’est pas vrai, cela n’est pas possible.Voyant que nous insistions pour le lui faire voir, il nous demandaoù nous avions trouvé cela. — Pans vos livres, M. le baron ; car ilsfourmillent d’inventions que vous n’y soupçonnez peut-être pas.— Vous avez peut-être raison, nous répondit-il.