POUDRE. 293
et ce sont précisément les recettes pour lu fabrication de la fuse'evolante et du pétard, fabrication décrite de la manière la plusexacte et la plus minutieuse. Ce fait remarquable vient donc en-core à l’appui de celte conclusion qui ressort évidemment de nosrecherches, que la fusée a été nécessairement le premier emploi dela poudre comme arme de guerre , résultat facile à expliquer.L’artillerie, dans son développement lent et tardif, a parcouru laphase de tâtonnements et d’essais que doivent, à leur début, par-courir toutes les sciences humaines. La fusée, c’est-à-dire, le tirincertain, a commencé par régner sans partage sous le nom defeu grégeois, jusqu’à l’invention du tir certain, c’est-à-dire, des bou-ches à feu; et dès que celles-ci curent atteint un degré suffisant deperfection, alors elle tomba en discrédit vers la seconde moitié duxv me siècle, et fut reléguée chez les peuples qui en étaient, pourl’art militaire, à peu près au même point que les Grecs du Bas-Empire. Ainsi, l’usage s’en perpétua très long-temps chez lesBar-baresques. Dans les guerres de Tippoo-Saëb contre les Anglais ,elle tint presque uniquement lieu d’artillerie aux Indiens qui s’enservaient avec une grande habileté, ce qui donna à leurs ennemisl’idée de la réintroduire en Europe . Puis, aujourd’hui, grâce à desaméliorations, suites inévitables de longues années d’études et deguerres, on la voit, sous le nom de fusée à la congrcve, chercherà reprendre un rang que, peut-être, les progrès incessants de lascience lui feront perdre une seconde fois.
C’est encore un auteur arabe qui fait le premier mention ducanon, employé au siège de Baza par le roi de Grenade, en 1323.Cette arme pénétra bientôt enFrance, où des comptes de dépensesde 1338 et de 1345 nous la montrent usitée à cette époque. Lesanglais s’en servirent à la bataille de Créci, en 1346; le récit deVillani, mort en 1348, ne pouvant laisser aucun doute à ce sujet.11 est à remarquer que la France est, après l’Espagne , le paysd’Europe où la poudre se retrouve le plus anciennement. Pourterminer, voici quelques dates relatives à l’usage de la poudredans les autres pays de l’occident :
L’Italie ne possède pas de textes authentiques où il en soit parléantérieurement au dialogue Gaudium et Ratio écritpar Pétrarque,de 1358 à 1360, ni aux actes de l’année 1359, publiés par Fan-tuzzi ( Monumenti Ravennati, tome 5). En 1360, le consistoire deLubec fut incendié par la négligence de ceux qui préparaient lapoudre pour les bombardes. Il est question de canons dans lachronique thuringienne de J. Rothe, à l’année 1365. En 1372, lesénat d’Augsbourg lit fondre 20 canons ; et enlin une charte de lameme année fait connaître la condamnation à mort d’un bourgeois
25.