GARANCE. 501
comme cela arrive avec l’ilge, dans les diverses parties de la plu-part des autres végétaux. Si l’on examine avec soin le liquidejaune qui est répandu dans tout le tissu cellulaire de la racine,on n’y voit aucune matière tenue en suspension, et il est d’unelimpidité parfaite. Cependant, dans l’intérieur de la racine par-faitement desséchée, on trouve les cellules encore teintes en jaune(lorsqu’on les met ramollir), quoique le liquide ait complètementdisparu ; il semble donc que le liquide ait tenu en solution un prin-cipe colorant solide; mais, même en cet état, telle est sa ténuité,que les grossissements les plus considérables du microscope nepermettent pas de 1’apercevoir. Jusqu’ici les parties sont suppo-sées à l’abri des agents extérieurs ; mais si on permet l’accès deces agents, les choses ne se passent pas de la même manière. Ainsi,lorsqu’après avoir pratiqué des coupes minces, soit horizontales,soit verticales, d’une jeune racine, on les soumet à l’examen mi-croscopique, on ne tarde pas à voir que le suc, si limpide dans laplante vivante, se trouble, devient nuageux, et passe, de la cou-leur jaune pâle qu’il avait d’abord, à une teinte rosée. En répétantcette observation sur des racines plus âgées , on voit les mêmesphénomènes se reproduire ; mais, comme à cette époque le liquidejaune a pris lui-même une couleur plus brillante, sa conversion enrouge offre une intensité proportionnelle, et, au lieu d’avoir,comme dans le cas précédent, une teinte rosée, on obtient unecouleur rouge des plus belles.
C’est l’air qui est la cause de ces changements remarquables,et l’on peut suivre, sur une tranche mince, les modifications qu’ilfait éprouver à la couleur jaune. Ainsi, la coloration en rougecommence habituellement à se manifester dans la partie du tissucellulaire la plus voisine des vaisseaux, parmi lesquels se trou-vent ceux du latex, puis dans les cellules qui occupent l’intervalledes vaisseaux ponctués du centre de la racine, puis enfin, à diffé-rentes places du tissu cellulaire formant la partie charnue, princi-pal dépôt du liquide jaune. — Des tranches de garances placéesdans de l’eau privée , par l’ébullition, de l’air qu’elle contienttoujours, y conservent complètement la teinte jaune qu’ellesavaient avant l’expérience. Des tranches minces de racine fraîche,mtroduites dans des cloches remplies de différons gaz recueillissur le mercure, y ont séjourné huit jours sans subir le moindrechangement de coloration. Mais, si l'on fait passer sous les éprou-vettes contenant du gaz oxygène, quelques gouttes d’eau, la co-loration en rouge a lieu presqu’instantanément. Tant que ce gazest pur et sec, la coloration en rouge n’a pas lieu, parce qu’il des-sèche les cellules superficielles ; mais aussitôt qu’il peut se dis-