BEAUTÉ.
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distance et par suite les dimensions de l’objet. L’inverse a lieu : transportez unhabitant des plaines dans les Pyrénées ou dans les Alpes ; bien qu’il sache queces montagnes sont beaucoup plus élevées que les collines auxquelles il esthabitué, il ne se rend pas un compte assez net de cette différence de hauteur pourjuger sainement des distances, et il les croit toujours inférieures à ce qu’ellessont réellement.
Or ces dispositions de nos esprits, ces illusions dont notre jugement ne saitpas toujours nous garantir, tous les arts qui agissent par l’intermédiaire de lavue doivent en tenir grand compte, et surtout celui dont les compositions em-brassent des espaces considérables. Mais jusqu’à quel point convient-il de s’enpréoccuper, comment faut-il y avoir égard? Telle est la question ; et fort délicatedans chaque cas particulier, elle est presque impossible à résoudre en termesgénéraux. Il ne s’agit pas en effet de disposer un objet de telle sorte que, vu d’uncertain point, il affecte une forme déterminée; s’il était réduit à ces termes, leproblème ne serait plus qu’affaire de géométrie descriptive. Ce n’est pas uneimage qu’on poursuit, c’est une certaine impression à produire sur l’esprit, etce n’est pas aux yeux, c’est au jugement qu’il faut venir en aide. Voici une co-lonne qui est vue en raccourci : peu importe que l’image produite sur notrerétine la montre trop courte, si l’on est disposé à la croire de bonnes propor-tions; et, réciproquement, peu importe qu’elle soit bien proportionnée si l’on nepeut s’apercevoir de cette qualité. Il est donc des circonstances où à raison dudéfaut de sûreté de notre jugement en pareille matière, il convient d’altérer lesproportions d’un objet de telle sorte qu’elles paraissent bonnes; et l’expériencedémontre que la colonne dont il s’agit devra être en réalité plus élancée qu’on nela veut montrer, sous peine d’être jugée trop massive. Et ce n’est pas seulementsur les proportions générales qu’il y a lieu d’agir : c’est sur toutes les parties dela composition, et toujours dans le même esprit, de manière à les maintenirdans leurs relations réciproques. Mais il faut procéder avec la plus grande ré-serve, et bien se garder de toute exagération. Il est essentiel que, même aprèsl’altération qu’elles ont subie, les proportions soient toujours harmonieuses,quoique différentes de ce qu’elles eussent été si l’on eût adopté un autre point devue, et que les ornements soient toujours beaux, quoique conçus dans un autreesprit. Les perceptions de notre intelligence ne sont jamais tellement erronéesqu’une forme laide puisse produire sur nous un effet satisfaisant. Nous sommesexposés à nous tromper, nous n’apprécions pas toujours une forme à sa valeur