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Deuxième partie.
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TRAITÉ D'ARCHITECTURE.

longs si l’on se réglait sur lui, parce que nous ne nous en rapportons pas aveu-glément aux perceptions de nos sens. C’est entre les deux que se trouve la pro-portion à observer pour que l’objet réponde aux intentions de l’artiste; mais àquelle distance ? C’est ce qu’il est impossible de préciser, d’abord parce que laposition de Taxe visuel est variable, alors même que le point de vue est déter-miné, puis parce que la même distance ne doit pas convenir à tous les esprits,car ils n’ont pas tous la même finesse de perception.

Heureusement tout le monde comprend qu’on n’est pas en droit de prononcerun jugement absolu sur un objet qui est vu dans des conditions défavorables;on est alors disposé à une grande tolérance, et l’on ne demande guère qu’à nepas être choqué.

Lorsqu’une partie d’édifice est vue ainsi de bas en haut, sans que la hauteurtotale puisse être embrassée d’un seul coup d’œil, comme il se rencontre fréquem-ment dans les intérieurs, dans nos églises très-élevées, par exemple, il importede prendre en très-grande considération les saillies des moulures et autres orne-ments placés horizontalement, car elles tendent à paraître beaucoup trop pronon-cées et à déterminer des occultations étendues. Il faut, en général, les tenir très-faibles, et les réduire, eu égard au point de vue, dans une proportion plus forteencore que celle qui a été adoptée pour augmenter les hauteurs.

Les architectes du moyen âge ont parfaitement compris ces diverses conve-nances, et y ont eu égard dans toutes leurs compositions. On peut citer commeexemple la belle cathédrale d’Amiens , qui est représentée sur les planches 58 à10. Les colonnes du triforium, ne pouvant être vues qu’en dessous, ont reçudes proportions beaucoup plus élancées qu’il ne conviendrait si leur positionétait différente ; et leurs bases ont été relevées de manière à n’être point mas-quées par la corniche sur laquelle elles reposent. Le spectateur les voit tout en-tières, et les croit plus fermes qu’elles ne le sont en réalité.

11 peut être également nécessaire d’altérer les proportions d’un objet, soit àraison de son isolement, soit eu égard à la couleur du fond sur lequel il se dé-tache. Ainsi, une colonne isolée au milieu d’une place publique pourra paraîtretrop grêle, si l’on a observé l’un des rapports habituels entre le diamètre et lahauteur. Ainsi encore, Vitruve recommande de donner aux colonnes angulairesd’un portique, lesquelles se détachent sur le ciel, un diamètre un peu supérieurà celui des autres, afin qu’elles paraissent bien proportionnées, et l’on remarqueque cette règle a été observée dans plusieurs temples antiques.