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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
et d’autres fois s’associent tellement qu’ils s’entraînent réciproquement jusqu’àun certain point : il y a à distinguer l’idée de la grandeur morale, et celle de lagrandeur matérielle. Où la première fait complètement défaut, nous ne sommesplus disposés à attacher grande valeur à la seconde, et où la grandeur moraleest tout à fait dominante, nous pouvons perdre le sentiment de la grandeur ma-térielle. Dans le premier cas, ce n’est point une œuvre d’art que nous avonssous les yeux; s’il s’agit d’architecture, ce sera une bâtisse plus ou moins longue,qui couvrira un espace de terrain plus ou moins considérable; nous pourronsnous rendre compte assez exactement de ses dimensions, mais sa vue nouslaissera indifférents, pourra même nous blesser, parce que cette compositionne témoignera pas de l’esprit qu’elle réclamait. La grandeur morale, celle quitient à l’ampleur de la conception, se manifeste-t-elle, au contraire, à untrès-haut degré : elle semble suffire à notre âme, et peut lui causer une telle satis-faction, que nous ne songions plus à nous enquérir des dimensions effectives;vigoureusement saisis par l’idéal, le réel nous échappe, si aucune dispositionspéciale ne vient nous le rappeler.
Prenons un exemple afin d’éclairer ce point fondamental de la théoriede l’art. On a dit et redit que Saint-Pierre de Rome , ce vaste monument,paraît petit au premier abord; et* les uns (\) y ont vu une sorte demérite, qu’ils ont attribué à une scrupuleuse observation des règles del’architecture (singulier mérite, s’il existait, et pauvres règles qui appren-draient à produire de petits effets avec de grands moyens!), tandis qued’autres y ont trouvé sujet pour exalter l’architecture ogivale du Nord, danslaquelle on ne trouve assurément rien de semblable. Mais cette assertion ,si généralement admise, est tout à fait inexacte. Saint-Pierre ne paraîtpas petit; le vrai, c’est qu’il ne paraît pas grand. De la vigueur de sa com-position, de l’esprit imposant dans lequel toutes choses sont traitées, dela singulière majesté de l’œuvre, résulte une impression si profonde qu’ellene permet pas de songer aux dimensions, quand on n’en est pas préoccupépar avance; de même qu’on ne pense pas à se demander quelle est lahauteur réelle du Jupiter olympien, quand on se trouve en présence decette admirable statue. Ce qui cause aux personnes qui entrent dans Saint-Pierre une sorte de désappointement, ce qui arrête leur admiration, c’est