Band 
Deuxième partie.
Seite
75
JPEG-Download
 

BEAUTE.

75

pellent le spectateur à apprécier plus de qualités, et par suite à éprouver plusde jouissances.

Il est encore un excellent élément de décoration : ce sont les inscriptions,puisque, elles aussi, elles introduisent de la variété et parlent à l’esprit. L’ar-chitecture arabe en a fait grand usage, et en a tiré de charmants effets ; malheu-reusement la forme sèche et heurtée de nos lettres n’y convient pas aussi bien,il s’en faut de beaucoup, que les riches et gracieux contours des caractèresarabes. Il est des inscriptions, dans les constructions mauresques de l’Espagne et dans quelques monuments de l’Égypte et de l’Asie , qu’on prend au premierabord pour des ornements de fantaisie, pour de jolis caprices du crayon, tantles formes en sont variées et les enlacements agréables. Peut-être, si nos artistess’exerçaient à ce genre de composition, ne leur serait-il pas difficile de modifierles caractères de notre écriture de manière à leur donner de l’agrément sansleur enlever trop de clarté, et à permettre ainsi de combler l’une des lacunesde notre système d’ornementation.

L’inscription a sur l’allégorie le mérite de la netteté, et répond sous ce rap-port à l’une des qualités les plus saillantes de notre esprit national. Elle s’asso-cie surtout très-bien à ce genre d’images, car elle précise l’idée et la rend plussaisissante. Elle a été d’un emploi très-fréquent dans le mode de décorationde la plus belle période de l’art français , dans celui du xvn° siècle.

Mais qu’en s’attachant à parler à l’esprit, jusque dans les plus petits détails derornementation, l’architecte n’oublie jamais que cette partie de son œuvre estavant tout appelée à plaire. Mieux vaudrait, s’il fallait choisir, une conceptioninsignifiante, mais agréable à la vue, que la composition la plus spirituelle quiblesserait le bon goût. Que les bonnes pensées se traduisent toujours en debelles images, que les sculptures soient élégantes, que les couleurs soient heu-reusement associées, que l’ensemble soit harmonieux : voilà les conditions aux-quelles il est essentiel de satisfaire. Que la première impression surtout soit fa-vorable. Une œuvre d’art, pour être complète, doit supporter^’examen, doitgagner à être approfondie, mais il ne lui est pas moins essentiel d’avoir quelquechose de saisissant et de plaire dès l’abord. Il n’en est pas d’elle comme d’unecréation de la mécanique, par exemple : on ne doit pas être obligé de chercherses mérites, ils doivent sauter aux yeux.

Si donc nous avons, dans ce qui précède, insisté plus particulièrement surles qualités expressives de la décoration, il n’en faut pas conclure qu’elles soient