BEAUTÉ.
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considère dans le temps ou dans l’espace. Combien d’idiomes se sont succédésur notre sol ! En combien est partagé le territoire, si restreint pourtant, del’Europe ! Quelques siècles nous suffisent pour perdre l’intelligence de lalangue de nos pères, et à peine avons-nous fait quelques pas hors de notreétroite enceinte que nos paroles ne sont plus comprises. Il n’en est pas demême de l’architecture : qu’on la suive sur tous les points du globe, qu’on re-mette en lumière ses anciens monuments, partout et toujours on lui trouveraune signification; ses œuvres impressionneront plus ou moins, toutes ne serontpas également appréciées à leur valeur, mais nulle part elles ne seront lettrescloses. C’est que la convention, si toutefois il y en a, ne joue dans l’artqu’un rôle tout à fait secondaire; il a de plus profondes racines. Les formesélémentaires qu’il met en œuvre, et qui sont pour lui ce que les mots sontau discours, ne sont point arbitraires; elles sont empruntées à la créationou sont déduites des lois de la nature, et de là, ce qu’elles ont de permanentet d’universel; de là, l’unité fondamentale de l’art. Mais, d’un autre côté,ces emprunts et ces déductions se ressentent nécessairement de l’esprit danslequel ils sont faits; ce ne sont ni des reproductions photographiques, nides formules algébriques ; ils laissent une large part au sentiment de l’homme;et de là, ce qu’il y a d’humain, d’essentiellement mobile dans l’art, ce qui enfait une expression si délicate et si vraie du génie de son époque.
Sans doute la langue parlée porte aussi l’empreinte du génie particulier dela nation qui l’a créée; mais considérée en elle-même, abstraction faite desœuvres qu’elle a enfantées, son caractère n’a rien de bien saisissant. Puis,par cela même, elle ne se modifie qu’à de longs intervalles, une fois qu’ellea été fixée; et combien de changements se produisent dans les mœurs, quede révolutions s’opèrent dans les esprits, sans avoir prise appréciable surelle, et dont l’art se ressent immédiatement!
Il y a donc deux choses à considérer dans le style en architecture : lestyle de l’époque et le style de l’artiste. La distinction n’est pas facile àfaire, et ne saurait être absolue; car la ligne de démarcation n’est pas tran-chée. On peut dire cependant qu’au premier appartiennent les formes élé-mentaires dans leurs traits essentiels, les proportions dans ce qu’elles ont deplus général, et un certain caractère dont toutes les productions contempo-raines portent l’empreinte; et que le second s’exerce plus spécialement sur ladisposition de ces formes, sur l’harmonie précise de ces proportions, et sur