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TRAITÉ D'ARCHITECTURE.
ce qu’il y a de plus particulier dans l’expression du monument. À l’un,qui constitue une sorte d’idiome distinct, les mots et les lois du langage ; àl’autre, le choix et le tour des expressions. L’architecte, sous ce rapport, estcomme l’écrivain : il se sert de la langue de son époque pour exprimer sa pen-sée; mais sa langue à lui est moins arrêtée que celle du littérateur, elle se pliedavantage à toutes les nuances, et admet bien plus largement les néologismes.
L’un et l’autre style sont d’ailleurs susceptibles des caractères les plustranchés et des nuances les plus délicates. Ils se modifient à l’infini. Voyezceux des grandes époques dans ce qu’ils ont de fondamental, et vous serez frappéde leurs différences en même temps que de leur vérité. Prenez l’architectureen Égypte : elle y est puissante, austère, vigoureusement instituée en vue dela durée, sévèrement ordonnée et limitée dans ses créations. En Grèce , sescaractères dominants sont : la liberté, la lucidité, la distinction et l’harmo-nie de la forme, une grâce exquise et la plus admirable sérénité. A Rome ,on la trouve rude, sévère, un peu grossière au début, mâle, ambitieuse,imposante à la fin de la république et dans les premiers temps de l’Empire,et elle tombe ensuite dans l’affectation, l’incohérence, l’absence de toutegrande pensée et les innombrables abus d’une richesse désordonnée. Dansla civilisation arabe, pleine de gracieuses fantaisies, sensuelle et féerique à lafois, elle séduit plutôt qu’elle ne touche, et parle plus à l’esprit qu’au cœur.Au moyen âge, il semble qu’elle se soit complètement renouvelée; le savantretrouve ses traditions, mais le public ne peut les soupçonner; étroitementunie jusqu’alors à la matière, elle parait la répudier, elle s’enveloppe d’unprofond mystère, et elle semble vouloir se dégager de tout lien terrestrepour s’élancer vers le Ciel. A la Renaissance française, on la dirait instituéeuniquement en vue du plaisir; elle rompt brusquement avec le style qu’elleremplace, plie à de charmants caprices les formes qu’elle emprunte à l’an-tiquité; semblable à l’enfance, elle est originale dans ses imitations, vive,légère, gracieuse au plus haut degré, et, repoussant l’austérité, trouve partoutun prétexte au jeu et à la parure. Sous Louis XIV , elle se montre riche,pompeuse, abondante, empreinte d’une certaine dignité; mais quelque peu en-serrée dans les entraves de la convention, et dissimulant parfois le vide de lapensée sous l’ampleur de la forme. Voyez-la enfin de nos jours, pleine detrouble et d’incertitude, tombant dans tous les excès, se rattachant tour àtour à toutes les traditions du passé, accueillant tous les styles, ne sachant