PORTIQUES.
103
environs de Florence . Il devient alors un pilastre, lequel appartient assezhabituellement au même ordre d’architecture que les colonnes.
Dans tous les cas, l’entablement ou le bandeau qui surmonte ce pointd’appui, doit ressauter au-dessus de lui, car, s’il était en saillie prononcée surdes arcades dont la légèreté est le caractère dominant, il aurait une apparencede lourdeur qui produirait un fort mauvais effet.
Une autre disposition, dont on trouve plusieurs exemples dans la mêmecontrée, consiste à isoler le pilier angulaire de la dernière colonne, sanscependant l’en éloigner beaucoup, et à appliquer, contre sa face latérale, unpilastre correspondant à cette colonne. C’est quelque chose d’analogue à cequi s’observe dans les portiques de la basilique de Vicence (l ra partie, pl. 50,iig. 5 et 4), avec cette différence toutefois que les colonnes ne sont pas dou-blées dans le sens de l’épaisseur du mur, et qu’il n’y en a point contre laface antérieure du pilier. Ce système présente l’inconvénient que, pour relierla dernière colonne à son pilastre, il faut avoir recours à un entablementou tout au moins à une architrave, qu’on est ensuite obligé de reproduiresur chacune des colonnes du portique, où cette adjonction, que rien autrene motive, n’est pas d’un heureux effet.
Le plus remarquable de tous les portiques en arcades, et ils sont nom-breux, est celui de la place du Grand-duc à Florence , qui est connu sous lenom de Loge des Lances ( Lanzi , Lansquenets ), et dont la planche 3 représentele plan et l’élévation principale. C’est Orcagna qui en a donné les dessins, etqui l’a fait exécuter vers le milieu du xiv° siècle (1355). On y peut voir lepremier pas de la Renaissance italienne, qui a si fort devancé la nôtre, et ilfaut reconnaître que jamais début n’a promis davantage.
Ce monument est établi sur de vastes proportions, et sa composition géné-rale est d’une simplicité extrême. Trois voûtes d’arête, trois arcades sur laface principale, une sur la face latérale, et une corniche avec balustrade :voilà tout ce qu’on y trouve de fondamental. Mais ces arcades n’ont pasmoins de ll m ,70 d’axe en axe, et la hauteur totale atteint 23 m ,40. De là,la grandeur morale dont cette œuvre est empreinte au plus haut degré, sansavoir rien de lourd d’ailleurs, et tout en donnant un sentiment très-net desa grandeur matérielle. Cette rare et heureuse alliance des deux grandeursest due à l’art parfait avec lequel toutes choses ont été disposées. Changez lesproportions ou la forme des pieds-droits, modifiez les corniches, supprimez