Band 
Deuxième partie.
Seite
104
JPEG-Download
 

TRAITÉ D’ARCHITECTURE.

10/|

quelques détails d’ornementation, et elle disparaîtra immédiatement; ce sontles subdivisions, habilement établies dans chacune des grandes parties del’œuvre, qui donnent de la finesse, de la distinction et font apprécier lesdimensions réelles.

Les points d’appui sont formés par des faisceaux de pilastres décorés dechapiteaux à feuillages; les bases, richement ornées, renferment de nombreuxdétails; le profil des piliers se poursuit dans les arcs, et leur donne à la foisde l’élégance et de la vigueur; des statues de grandes proportions s’élèventau milieu des arcades, qu’elles font valoir sans en être amoindries; les tym-pans sont occupés par des médaillons ayant les formes compliquées que per-mettait l’espace mis à leur disposition; sous la frise, est une série de grandesarmoiries; enfin le monument est terminé par un couronnement à la foisferme et délicat, dans lequel les formes découpées du moyen âge s’associentheureusement à des détails empruntés à l’architecture antique. Or la plupartde ces choses seraient inadmissibles dans un édifice de dimensions ordi-naires , et elles ont par conséquent pour effet de donner au spectateur le sen-timent des dimensions réelles. L’inspection seule du dessin fait juger de lagrandeur de l’œuvre, sans qu’on ait besoin de s’enquérir de l’échelle surlaquelle il a été exécuté.

Ajoutons que tous les détails sont d’un goût parfait, et que les sculpturescomptent parmi les chefs-d’œuvre de l’art. Des deux lions de l’arcade ducentre, l’un est antique, l’autre est dû à Flaminio Yacca; sous les arcades,on a placé l’enlèvement des Sabines par Jean de Bologne , le fameux Perséeen bronze de Benvenuto Cellini, et le groupe de Judith et Holopherne du Donatello ; enfin les figures des médaillons, qui représentent les vertusthéologales, sont dues en partie au ciseau d’Orcagna lui-même, qui, commetous les grands artistes de son temps, était à la fois peintre, sculpteur etarchitecte.

C’est ce monument qui nous a fait sentir pour la première fois toute lapuissance de l’architecture, et il nous a toujours inspiré une trop vive admi-ration, nous dirions volontiers un trop profond respect, pour que nouspuissions nous résoudre à ajouter une critique à nos applaudissements. A quoibon d’ailleurs? Le lecteur a déjà reconnu le côté faible de l’œuvre d’Or-cagna ; il ne lui a pas échappé que les pilastres angulaires ne présentent pasune fermeté suffisante, et ont dû être maintenus par des tirants en fer.