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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
aux dispositions que le siècle suivant devait mettre en honneur. L’Angleterrea devancé la France sous ce rapport, et, chose remarquable, c’est l’un deses grands poètes qui semble avoir été 1 initiateur de ses jardiniers. Miltona fait de l’Éden ce qu’on a appelé depuis, et en toute justice, un jardinanglais. Une source limpide y alimente des ruisseaux qui serpentent de touscôtés ; ni les arbres ni les fleurs n’y sont réunis par l’art en bosquets ou enparterres; La nature les répand sur les coteaux et les vallées, et un char-mant paysage offre les points de vue les plus variés.
Un autre poète anglais, Pope, a pu réaliser ce que Milton avait rêvé, et sonjardiu de Twickenham, dont il se disait plus fier que de tous ses autresouvrages, a été longtemps regardé comme un modèle. On citait la variétéde ses formes, l’heureuse opposition de ses ombrages, et ses effets d’ombreet de lumière.
Au lieu d’admettre que le nouveau mode de composition était une consé-quence naturelle du développement de l’esprit humain, et d’une apprécia-tion plus complète des beautés de la nature, quelques écrivains ont cru devoiren attribuer l’honneur aux Chinois. Il est certain que ce peuple a banni laligne droite de ses jardins, et y recherche les formes accidentées; mais sonsentiment diffère essentiellement du nôtre. Ce qu’il poursuit, c’est le bizarreet non le vrai ; ce qu’il obtient, c’est le mesquin et non le grand, le baroqueet non le beau. Un canal péniblement tortueux, des rochers implantés aumilieu d’une plaine et découpés de la manière la plus étrange, des pontssinueux, des fabriques tourmentées et sans utilité apparente, ne sont certespas choses plus naturelles que des parterres en broderies ou des terrassesalignées, et l’ampleur leur fait complètement défaut. On a dit que l’ennui dubeau-amenait le goût du singulier; les Chinois sont arrivés à la conséquencesans avoir connu les prémisses.
Nos jardins modernes diffèrent donc plus encore des leurs que de ceuxdu xvii 0 siècle, et sont conçus dans un tout autre esprit. Ils aspirent à l’imi-tation de la nature dans ce qu’elle a de plus heureux et de plus séduisantpour l’homme ; ils veulent être des parcs ou plutôt de beaux paysages. Touteleur théorie est implicitement contenue dans cette dernière condition. Ainsi,ils exigent de la grandeur, des dispositions simples, variées et bien accen-tuées, une riche végétation offrant d’harmonieux contrastes de formes et decouleurs, des eaux limpides, de fraîches prairies, un terrain plus ou moins