TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
242
de la nef, et elles ont été rétablies sur notre dessin; mais elles sont aujour-d’hui couvertes par un badigeon. Les gigantesques chérubins des pendentifsont été seuls conservés par les Turcs; on s’est borné à masquer leurs figures.On sait que la loi musulmane interdit la représentation des êtres animés.
Quelques-unes des portes étaient exécutées en bronze, avec figures incrus-tées en argent; et Tune d’elles a été transportée à Saint-Marc de Venise , oùelle se voit encore. D’autres étaient formées de bois de cèdre qui prove-nait, disait-on, de l’arche de Noé, et que rehaussaient des incrustationsd’ivoire et d’argent. Une cloison en bois de cèdre, accompagnée de colonnesen argent, fermait le sanctuaire ou ùêma. L’autel était construit en matièresprécieuses, enchâssant des pierreries; il était supporté par quatre colonnesd’or, et la plate-forme sur laquelle il reposait était revêtue de lames en mêmemétal. Quatre grandes colonnes, réunies par des arcs, exécutés comme ellesen argent, et une coupole en or chargée d’ornements sculptés, et .sur-montée d’un globe et d’une croix également en or, constituaient le ciborium.Enfin le trône du patriarche et les sièges de ses assistants étaient formésd’argent doré; ils étaient appuyés contre la paroi circulaire de l’abside.
Qu’on se figure, maintenant que nous sommes arrivés à la fin de cettefroide et imparfaite description, qu’on se figure l’effet que devait produirecet immense édifice, si admirablement ordonné, et traité avec tant de magni-ficence ! Après avoir traversé l’atrium, l’exonarthex, l’esonartbex, placez-voussur le seuil de la porte centrale qui, de ce beau vestibule, donne entréedans la grande nef, et vous serez frappé au plus haut degré du spectacle,sans exemple jusqu’alors, qui se présentera à vous. Vos regards se promè-nent librement sur toute l’étendue de cette vaste enceinte : rien ne les arrête;le dôme, les deux hémicycles, leurs grands exèdres, l’élégante abside, toutesces choses se découvrent à la fois dans tout leur développement; entre lescolonnes de la nef, apparaissent celles des bas-côtés avec les voûtes qu’ellessupportent, et partout circule une lumière chaude et abondante, qui vientajouter son éclat à celui de la plus splendide ornementation. Vous saisissezimmédiatement les traits fondamentaux de la composition, car ils sont biencaractérisés et régissent nettement l’ordonnance ; puis se montrent les formessecondaires, qui animent l’oeuvre, et en font apprécier les dimensions réelles :ce sont les portiques superposés compris dans les grands arcs latéraux, l’arca-ture et les deux rangs de fenêtres qui s’élèvent au-dessus, les subdivisions des