Band 
Deuxième partie.
Seite
279
JPEG-Download
 

ÉGLISES.

279

ornés, les robes et les manteaux plissés à petits plis très-serrés et dirigéshabituellement en sorte de spirale (I).

Ce système d’ornementation s’applique aussi bien aux édifices qui ont pourpoint de départ la basilique romaine, qu’à ceux dont les coupoles annoncentl’origine byzantine, comme on le remarque dans la cathédrale d’Angou-lême (pl. 33). Il leur sert pour ainsi dire de lien commun, il les couvretous d’un même costume, et leur donne un air de famille , malgré la diver-sité des origines.

Ainsi, la France avait au xii® siècle un style d’architecture bien caracté-risé. Il varie sans doute d’une province à l’autre, car notre unité natio-nale n’était point encore constituée, et chacune des grandes divisions duterritoire avait sa vie propre, son caractère particulier. Ce n’était point unproduit spontané du sol; il était dû à des inspirations étrangères qui avaientdicté les dispositions générales, ainsi que le mode d’ornementation, et cesinspirations étaient diverses. Cependant toutes ces choses avaient été tellementélaborées, que l’époque se les était assimilées, et était parvenue à former unart tout spécial, qui ne se confond avec aucun autre, et s’est illustré pard’admirahles monuments.

Cet art est le Roman (2). Il est calme, grave, monumental, a un caractèrereligieux très-prononcé, et se prête également à une grande richesse et àune extrême simplicité. Il n’a point de parti pris, de règle formulée, deproportions consacrées; il s’adapte à toutes les exigences, s’accommode detous les matériaux, et peut faire varier, suivant les circonstances, les formesde ses colonnes et de tous ses ornements. Sans doute on peut lui reprocherquelque lourdeur dans les formes et de la timidité dans les conceptions;on peut trouver qu’il se ressent parfois de la grossièreté de l’époque et dupeu de culture des esprits; mais il reposait sur de trop larges bases, il

(1) On observe dans plusieurs parties des vêtements, dit M. Mérimée, des plis concentriques ou plutôten spirale. Des étoffes en usage dans l’Orient offrent encore le même aspect. Cela tient, je crois, aux pro-cédés du blanchissage. Au lieu de les repasser et de les aplatir comme nous faisons, les Orientaux lestordent sur elles-mêmes ; de là les plis en spirale, si souvent reproduits dans la sculpture byzantine.

(2) On a critiqué cette expression. Elle ne donne pas sans doute une définition complète ; mais elle estaussi vraie appliquée à l’architecture qu’à la langue. Les nuances sont nombreuses, sont parfaitementdistinctes, mais la dominante est la même, et il importe plus de marquer les rapports que d’indiquer desdifférences.