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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
expressions, la majesté, la grandeur morale que nous devons exiger : il n’està la hauteur, ni de notre science, ni de notre idéal.
Que nos vieilles cathédrales exercent une puissante action sur nos cœurs;qu’elles nous pénètrent d’un profond respect, et réveillent le sentiment de lafoi chez les esprits les plus sceptiques : c’est incontestable. Mais est-ce bien àl’architecture seule qu’il le faut attribuer? L’âge de ces monuments, le sou-venir de nos pères qui les ont élevés, celui de tant de générations dont lesprières ont retenti sous leurs voûtes, ne sont-ils pas pour beaucoup dansla vénération qu’ils nous inspirent? Des effets analogues ne sont-ils pas pro-duits par des œuvres d’un tout autre style : et par les anciennes basiliques quen’ont point contaminées de maladroites restaurations , et par les nombreusesconstructions, encore subsistantes, de l’architecture byzantine et de l’architec-ture romane? Ne voit-on pas que les plus beaux édifices du xm e siècle perdentune grande partie de leur caractère, dès qu’un badigeon ou un grattage leurenlève cette teinte spéciale que le temps seul peut donner, et qui est auxpierres ce que sont les cheveux blancs sur la tête d’un vieillard? Qu’on exa-mine enfin les nouvelles constructions élevées dans le style ogival, et il en estque n’auraient point désavouées les architectes du moyen âge : y trouve-t-once qu’elles promettaient? Répondent-elles mieux à nos sentiments religieuxque les autres églises modernes si amèrement et quelquefois, il faut en con-venir, si justement critiquées? Non assurément : les défauts frappent dèsl’abord, et les mérites sont impuissants à les faire absoudre. Ces pointsd’appui rapprochés outre mesure et découpés en frêles colonnettes, ces voûtesétroites et multipliées, ces subdivisions capricieuses, ces formes maigres etfausses, toutes ces choses qui ne se rencontrent plus ailleurs et sont enopposition avec nos goûts et notre idéal, nous paraissent manquer de dignité,et nous font même éprouver une pénible sensation. Et il faut remarquerque ces défauts ne sont point absolus ; ils ne sont que relatifs. Ce qui nousparaît petit aujourd’hui était jugé grand autrefois. Nulle part, au moyen âge,l’architecture ne se montrait aussi imposante que dans les églises; nullepart on ne trouvait d’aussi vastes enceintes, autant de majesté, des œuvresd’art aussi précieuses et aussi conformes à l’esprit de l’époque. Alors, commeavant, c’était pour les édifices consacrés au culte que l’art réservait toutesa puissance et toutes ses splendeurs. En doit-il donc être autrement aujour-d’hui, et notre piété admettrait-elle qu’il les portât ailleurs? Serait-elle