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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
gion s’emparer des formes de celle qu’elle est venue combattre, et fairerevivre en quelque sorte, par ses monuments, les croyances qu’elle repousseet l’esprit contre lequel elle réagit. Quel est en effet le style d’architecturegénéralement adopté par elle aujourd’hui? Celui du moyen âge; et cela non-seulement en France, mais en Angleterre et en Allemagne , où elle est domi-nante. De sorte qu’en faisant, d’un côté, appel au raisonnement, elle secomplait, de l’autre, à des formes qui le repoussent; qu’elle attaque le catho-licisme, et s’empare de l’art qu’il a su créer à son image; qu’elle demandedes enseignements à une époque qui était, à ses yeux, plongée dansl’idolâtrie.
Tl n’en a pas toujours été ainsi, ou du moins peut-on citer une heureusetentative faite pour doter la nouvelle religion d’un art en harmonie avecses principes. L’un des architectes dont s’honore la France était pro-testant, et fut chargé, au commencement du xvu e siècle, de construire untemple de grandes dimensions pour ses coreligionnaires. Il s’agit de Jacquesde Brosse et du temple de Charenton . Grand artiste, religieux fervent, il nepouvait tomber dans l’erreur que nous venons de signaler, dans cette doublenégation de la religion et de l’art. 11 imagina des dispositions spéciales, ouplutôt il fit revivre, en les rattachant aux goûts du temps, les formes ration-nelles que les chrétiens des premiers siècles avaient consacrées, après lesavoir empruntées à la Rome contemporaine.
Son temple de Charenton était une vraie basilique, et rappelait surtoutcelle de Fano, que Yitruve a longuement décrite. Il consistait en une sallerectangulaire entourée de portiques. Le portique du rez-de-chaussée étaitformé de colonnes doriques embrassant deux galeries dans leur hauteur;au-dessus s’élevait un attique. Cet édifice devait avoir un aspect monu-mental, et était sans doute d’un style très-convenable; malheureusement ila été détruit après la révocation de l’édit de Nantes , et les dessins qui en ontété conservés laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la précision.
La disposition générale était-elle entièrement satisfaisante? Trois rangs deprofondes galeries superposées sont-ils bien placés dans une enceinte uni-quement destinée à des prédications? Sont-ils de nature à donner à un templeprotestant tout le caractère dont il est susceptible? Il est permis d’en douter,malgré l’autorité de J. de Brosse. Il n’y a pas lieu sans doute d’admettre,pour un édifice de ce genre, la forme la plus favorable à l’audition d’un