Band 
Deuxième partie.
Seite
434
JPEG-Download
 

TRAITÉ D’ARCHITECTURE.

m

rapportée des croisades, delà lèpre, juste sujet d’effroi pour toute la chré-tienté. Dans le seul royaume de France, on comptait, sous Louis VIII , deuxmille léproseries, ladreries ou maladreries , comme on les appelait, spécia-lement affectées aux malheureux que la contagion avait atteints. (Thomassin,part. I, lib. ii.)

Malheureusement, l’administration du clergé ne fut pas toujours irrépro-chable; elle finit par ne répondre, ni à l’esprit de l’institution, ni auxcharitables intentions des donateurs, et François I er se vit obligé de placer lepréambule suivant, en tête d’un édit de \ 545 destiné à remédier aux abus età en prévenir le retour.

« Comme nous soyons deüement advertis que nos hospitaux, fondez ennostre royaume, ayant esté mal administrez par cy-devant et sont encorede pis en pis gouvernez tant par leurs administrateurs que prélats de nostreroyaume, et autres qui doivent avoir l’oeil sur iceux; lesquels se sontefforcez et efforcent journellement vouloir appliquer à eux ou à leurs servi-teurs le revenu des dits hospitaux et en faire leur patrimoine, sous couleurqu’ils prétendent nos dits hospitaux estre titulez et bénéficiez en filtre, encontrevenant aux sainctes constitutions canoniques, intentions des fonda-teurs d’iceux hospitaux, et défraudant les pauvres de nostre dit royaumede leur deüe nourriture et sustentation; et qui plus est, laissent tomber etruiner les édifices d’iceux hospitaux et ne se soucient que de prendre lerevenu d’iceux, esteindre et abolir le nom d’hospital, pour tousjours dudit revenu disposer à leur plaisir et volonté, dont se sont ensuyvis plusieursinconvénients; mesmement que les habitants des villes de nostre ditroyaume, à la grande foule de nostre peuple, sont contraints de soy cottiseret imposer sur eux les deniers pour la nourriture des pauvres impotents,lesquels doivent être nourris et alimentez par les dits hospitaux et lieuxpitoyables, selon les revenus d’iceux et intentions des gens de bien leursfondateurs. »

On voit que le tiers état préludait à ses grandeurs futures en s emparantspontanément de la noble mission, désertée par le clergé, de venir en aide auxpauvres malades. Cette conquête lui fut assurée par un édit de Henri III ,dans lequel on lit : « Ne pourront désormais estre establis commissaires aurégime et gouvernement des fruits et revenus des dites maladreries et hospi-taux, autres que simples bourgeois, marchands ou laboureurs, et non per-