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Monographie de l'Hôtel-de-Ville de Lyon : restauré sous l'administration de MM. Vaïsse et Chevreau, senateurs : accompagnée d'un texte historique et descriptif / par Tony Desjardins
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CHAPITRE TROISIEME.

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de-Ville , les seuls officiers municipaux qui y avaient des logements restaient en charge beaucoupplus longtemps que lui, et cest sans doute à cause de cela que ce magistrat consulaire conservaitses appartements en dehors de cet édifice; mais le duc de Villeroy, alors gouverneur de Lyon ,ayant manifesté le désir quil conviendrait à la dignité des fonctions du Prévôt des Marchands davoirson logement dans le monument dont nous nous occupons, il fut décidé en 17y2 que ce magistratsy établirait, et, comme il ny avait pas demplacement libre, on décida que Gaspard-LouisBertaud (1), alors ingénieur voyer de la commune, évacuerait, pour le céder au Prévôt, le logementqui lui avait été assigné de même quà ses prédécesseurs.

Ce logement, qui se composait de quatre pièces, se trouvait au rez-de-chaussée, entre la portedu milieu de la grande cour et le grand escalier; on y réunit bientôt le logement du premierMandeur du Consulat, placé sur la même ligne.

Cependant on reconnut que les locaux occupés par le Prévôt manquaient de clarté, maissurtout quils nétaient pas assez vastes pour limportance du personnage, et en 1768 on transférade laile sud en laile nord les appartements qui lui avaient été donnés, et on les étendit en ycomprenant la pièce qui servait alors de corps-de-garde. Ils devaient donc occuper, si nous nenous trompons, toute la longueur de la grande cour ainsi que le pavillon situé sur la place desTerreaux, du même côté.

Quelques années avant ces modifications aux logements de lHôtel-de-Ville, en 1760, le Consulatavait pourvoir à une restauration importante, au sujet de laquelle une divergence de vues sétaitrévélée entre le célèbre architecte Soufflot (2) et le Voyer de la ville, assisté de deux architectesnommés par le Consulat. Il sagissait du portique qui sépare la cour basse de la place de laComédie, à lest de lédifice.

(1) Gaspard-Louis Bertaud, fils de Claude Bertaud, avait succédé à son père, le 29 décembre 17;;, comme son père avait succédé à son aïeul. CeGaspard Bertaud avait étudié à Paris ; il fut admis à servir la ville, en concurrence et survivance de son père, sous le titre de « voyer ingénieur et« commis à la voirie. » Il fut remplacé à son tour par Jean-François Grand, le 14 juillet 1767.

(2) Jacques-Germain Soufflot naquit à Irancy, près dAuxerre , le 22 juillet 171;, de parents fortunés qui lui firent donner une brillante éducation. Toutjeune il manifesta un goût très-vif pour les arts et en particulier pour 1 architecture ; il prit des leçons des meilleurs maîtres et résolut de faire un voyageen Italie . En s'y rendant, il sarrêta à Lyon il fit des connaissances et des amis, et il resta quelque temps. Après avoir visité lItalie et voyagé jusquedans lAsie Mineure, il revint en France et se fixa à Lyon . Il y fut charge de constructions importantes et y resta plusieurs années.

Le premier travail que Soufflot fit à Lyon paraît avoir été le dôme de léglise des Chartreux, dont il aurait même envoyé le dessin dItalie ; il succéda,pour lexécution de ce travail, à larchitecte Ferdinand de la Monce, et il lavait terminé en I 74 ^ - Consulat lui avait donné, en i 747 > directiondes travaux de la Loge du Change, destinée à servir de lieu de réunion ou de Bourse aux négociants de la ville de Lyon ; ce monument a changé depuisde destination, ayant été concédé, en 1803, aux protestants pour leur servir de temple. En 1734, Soufflot fut chargé de la construction dune salle despectacle à lextrémité du jardin de lHôtel-de-Ville; mais cette salle, un peu petite à raison du peu despace dont lartiste pouvait disposer, fut remplacéeen 1828 par une salle plus grande, construite sur les dessins de M. Chenavard. En 1736, il commença les travaux du grand dôme de lHôtel-Dieu, dont

la construction dura huit années et coûta <02y,263 livres 17 sous 8 deniers.

Précédé dune réputation méritée, Soufflot , qui était de lAcadémie darchitecture depuis 1749, dut se fixer à Paris entre les années 1734 et 1736. En1737 il reçut le cordon de Saint-Michel, fut nommé contrôleur et intendant général des bâtiments du Roi, et devint associé libre de lAcadémie de peinture le 8 novembre 1760.

La construction de léglise Sainte-Geneviève avait été en quelque sorte mise au concours, les plans de Soufflot furent préférés et il fut chargé de

cette magnifique construction ; mais il ne put lachever entièrement, et il mourut lorsque les travaux en étaient arrivés à la naissance du dôme, le

29 août 1780. Il fut inhumé dans la vieille église Sainte-Geneviève, mais le 19 août 1829 ses cendres furent transportées dans les caveaux du monument,qui reste son plus beau titre à ladmiration de la postérité.

Soufflot était dun caractère emporté et vif, mais aimant et généreux; sa dernière œuvre fut fortement critiquée, et il ressentit si vivement les observationsqui lui furent faites, et qui nétaient pas toujours impartiales, que ce fut, dit-on, la cause de la maladie de langueur à laquelle il succomba.

On lui doit encore à Paris la Faculté de droit, et il a écrit plusieurs ouvrages. Ce fut un artiste éminent, et quoiquil paraisse avoir mal calculéles bases sur lesquelles devait reposer le dôme de Sainte-Geneviève, et que larchitecte Rondelet ait plus tard les modifier en substituant des

massifs aux colonnes et aux pilastres primitifs, lesquels avaient fléchi, Soufflot nen reste pas moins, par la hardiesse de ses conceptions et la

noblesse de son style, le plus grand architecte du XVIII siècle et le digne successeur des hommes distingués qui, sous Louis XIV , avaientillustré cette profession.