AMPHITHÉÂTRE. 65
léger frottement sur le lit inférieur, de manière à broyer et user toutesles petites aspérités que la taille la plus soignée pouvait avoir laissées$ etlorsque l’architecte sentait que toutes ces aspérités avaient disparu , et queles pierres glissaient l’une sur l’autre, il les fesait mettre définitivementen place. Ce n’est que par un pareil moyen qu’on peut expliquer laperfection de l’adhérence des lits de toutes les pierres de l’Amphi-théâtre. Lés petites particules de la pierre qui s’usaient par le frottement,délayées avec l’eau jetée sur le lit inférieur, formaient un léger cimentqui garnissait, avec la dernière précision, le peu de vide qui pouvaitexister.
L’appareil de l’Amphithéâtre est immense et colossal. Des pierres de2 et 5 mètres cubes y sont communément employées : ces mêmes pierresoffrent, par conséquent, des lits de 4 et 5 mètres carrés de surface , cequi ajoute infiniment à la difficulté de leur taille et au mérite de l’exé-cution. Les Romains apportaient tous leurs soins dans la taille des lits depierres qu’ils employaient dans leur construction , et ils négligeaient unpeu celle des paremens, soit qu’ils voulussent jouir plus promptement,soit qu’ils eussent 1 habitude de retailler et sculpter ensuite sur placetoutes les parties extérieures. Nous voyons à côté d’un lit dressé avec uneadmirable précision, des paremens seulement indiqués par une largeciselure sur les joints.
Dans toutes les constructions en pierres de taille, les Romains avaientla précaution de lier toutes les pierres les unes aux autres par deux coinsen bois de chêne , en double queue d’aronde , placés sur chaque joint.Ces coins étaient engagés dans la pierre sur 6 centimètres de profon-deur, et une longueur de io centimètres sur chaque. Nous disons queces coins étaient en bois de chêne, parce que nulle part nous n’avonstrouvé la présence d’aucun métal, quoique nous ayons fait déplacerplusieurs pierres de taille qui n’avaient pas éprouvé le moindre mou-vement depuis leur pose primitive. Nous avons toujours reconnu , surtous les joints, les trous en double queue d’aronde remplis d’une pous-sière très fine, mêlée à quelques racines capillaires, et sensibles au micros-cope. Nous avons soumis plusieurs fois cette poussière à des expérienceschimiques, et toujours nous y avons trouvé des sédimens ligneux,exempts de toute espèce de métal : d’où nous pouvons conclure quetous ces coins étaient en bois, ce qui, cependant, ne s’allie pas avec lastabilité que les Romains imprimaient à toutes leurs constructions.
La précision que nous Venons de signaler dans la coupe des pierres detaille, se fait encore remarquer d’une manière plus étonnante dans l’exé-cution des paremens en moellons smillés, soit dans les murs, soit dansles voûtes où ils ont été employés. Les assises ont de 12 à 18 centimètresde hauteur, et les moellons ont de 20 à 25 centimètres de longueur : leur
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