Band 
Tome premier.
Seite
125
JPEG-Download
 

AR

AR

comme le créateur de cette branche des sciences mathé-matiques. Toutes les connaissances qu’on possédait avantlui sur cette matière, y compris le traité d’Aristote , nes’élevaient pas au-dessus des premières notions ou desvagues hypothèses qu’on retrouve habituellement auberceau d’une science. Archimède se plaçant tout à coupà une immense distance de ses devanciers, posa le pre-mier les vrais principes de la statique et de l’hydrosta-tique dans deux traités, dont le premier, divisé en deuxlivres ou parties, est intitulé : De œquiponderanlibus ,et le second également en deux livres : De insidenlibusinjluido. Sa statique est fondée sur l’idée du centre degravité, idée dont la priorité lui appartient aussi, etqui est devenue, par l’usage fréquent qu’on en fait enmécanique, un des moyens de recherches les plus usités.Voyez Hydrostatique et Statique.

Voici de quelle manière on rapporte la circon-stance qui aurait fourni à Archimède l’occasion deses découvertes en hydrostatique. Iliéron , roi deSyracuse , soupçonnant un orfèvre qui lui avait fa-briqué une couronne en or, d’avoir falsifié le métalen y mêlant une certaine quantité d’argent, consultaArchimède sur les moyens de découvrir la fraude dontil croyait avoir à se plaindre. Après de longues médita-tions, Archimède se procura, dit-on, deux niasses d’oret d’argent, chacune d’un poids égal à celui de la cou-ronne. Il plongea successivement ces matières dans unvase rempli d’eau, en observant avec soin la quantitéde liquide que déplaçait l’immersion de chacune de cesmasses de métal ; il soumit ensuite à la même épreuvela couronne elle-même, et trouva ainsi un moyen cer-tain d’apprécier la proportion d’or et d’argent dont elleétait composée. On ajoute que cette ingénieuse solutiondu problème qui lui était proposé, se présenta sponta-nément à son esprit pendant qu’il était au bain, et qu’ilen sortit transporté de joie en criant : J’ai trouvé! j’aitrouvé ! ( £»fi im! ivpiiKtt! ) Au reste, la théorie de cettedécouverte est tout entière exprimée dans cette pro-position de son livre (De insidenlibus injluido) : Quetout corps plonge' dans un Jluide y perd de son poidsautant que pèse un volume d’eau égal au sien.

L’antiquité a attribué à Archimède jusqu’à quaranteinventions mécaniques d’une haute importance, maisqui n’ont point toutes été décrites par scs biographes etses commentateurs. La vis inclinée ou hydraulique, quiporte encore sou nom, la machine dont se servaientiss navigateurs anciens pour vider l’eau des senti nésdes navires, la vis sans fin et la mouffle, sont générale-ment regardées comme des productions de son fécondgénie. Quelques auteurs anciens parlent aussi avec en-thousiasme d'une sphère en verre entièrement com-posée par lui, et cpii représentait avec exactitude lesmouvemens des corps célestes.

-125

Les bornes qui nous sont imposées ne nous permettentpas de donner ici plus de développemens à ces recher-ches sur les inventions mécaniques d’Archimède ; l’im-mense renommée qui, souscc dernier rapport, est demeu-rée attachée à son nom chez toutes les nations civilisées,atteste à la fois leur nombre, leur utilité et leur impor-tance. On connaît aussi la proposition qu’il fit au roiHiéron : « Donnez-moi, lui dit-il, un point d’appui etun levier, et je soulèverai le monde. » Mais ce mot, quiest devenu célèbre, a donné lieu à un calcul curieuxqui n’est pas aussi connu : c’est celui de déterminer,par exemple, combien de temps Archimède auraitemployé à soulever la terre seulement d’un pouce.Ozanam a fait ce calcul, et il établit qu’il aurait mis

3,653,745» 1 76,808 siècles.

Les derniers jours de ce grand homme tiennent unebelle place dans sa vie. Il les consacra à la défense deSyracuse , sa patrie, assiégée par le consul Marcellus, etdevint Pâme de la résistance la plus habile et la pluslongue dont l’histoire fasse mention.

Archimède construisit-il des miroirs ardens, à l’aidedesquels il brûla la flotte romaine? Il nous suffira dedire ici que cette question, si fort controversée parmi lessavaus, n’en est point une pour l’histoire traditionnelle,malgré le silence que gardent sur ce moyen nouveauet terrible de destruction, Tite-Live, Plutarque et Po-lybe, qui cependant retracent avec une noble sympathieles exploits d’Archimède au siège de Syracuse . Mais cequi est du moins hors de doute, c’est que ce mémorablesiège lui offrit une glorieuse occasion de révéler l’éten-due de scs connaissances mécaniques, et environna sonnom de la double auréole de la gloire que dispensentles sciences, et de celle que donnent le courage et lepatriotisme.

Les Romains ont abordé en Sicile , où la terreur deleur nom et la puissance de leurs armes ont dispersé de-vant leurs légions victorieuses tout ce qui avait pu son-ger à leur opposer quelque résistance. Ils arrivent sousles murs de Syracuse avec la rapidité de l’aigle. Syra-cuse seule est encore libre dans toute la Sicile ; mais sescitoyens consternés 11e songent point à se défendre. Unhomme seul, un vieillard respecté à cause de sa scienceet de ses vertus, s’élance sur la place publique, et osepromettre la victoire à ses concitoyens découragés. Auxmachines de guerre des Romains, il opposera des ma-chines dont la puissance est encore inconnue dans l’artmilitaire; aux traits de l’ennemi il répondra par unepluie meurtrière de lourdes pierxes et de matières en-flammées. Cet homme, c’est Archimède , dont le dévoue-ment de citoyen est fortifié de toute la confiance quopeuvent inspirer les certitudes de la science. Bientôt, eneffet, d’horribles pertes viennent arrêter l’audace desRomains; d’énormes masses tombent sur leurs bataillons,