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siècles, nous offrent encore aujourd’hui des moyens decomparaison et d’irrécusables témoignages de l’intelli-gence des âges passés.
L’ordre chronologique donne à l’architecture desÉgyptiens la première place dans l’histoire de l’art debâtir. Il est vrai que la cabane ne peut l’avoir pré-cédé chez cette nation, dont la civilisation est comme lagrande aïeule de la nôtre, et dont cependant l’antiquesociabilité est demeurée pour nous un impénétrablemystère. Au lieu de forêts, le sol del’Egyptc ne renfermeque des carrières qui produisent des pierres faciles àmettre en œuvre. Force a donc été à l’homme de seconstruire dans ce pays des ahris plus solides que lacabane, et de chercher ailleurs que dans la nature lesmodèles des vastes édifices qu’il y a construits.
Le caractrèe grave et tout national de l’architectureégyptienne n’a point permis aux peuples modernes d’a-dopter aucune de ses formes. A l’aspect de ces massesimposantes, mais qui semblent porter l’empreinte d’unsystème impitoyable de servitude, destiné à enchaî-ner le passé et l’avenir dans une effrayante immobilité,l’art a dû s’arrêter, comme l’intelligence se perd dansun problème insoluble.
C’est à tort cependant qu’on a dénié à ce systèmed’architecture des règles théoriques, comme celles dontles ordres grecs offrent l’application. C’est égalementà tort qu’on l’a considéré comme constatant une absencetotale de science, d’invention et de goût. Nous n’en ju-geons point ainsi. On tombe dans de semblables erreurstoutes les fois qu’on essaie de séparer les œuvres del’homme de leur principe intellectuel. Mais si les meil-leures lois sont, pour un peuple, celles qu’il peut lemieux supporter, et qui conviennent d’ailleurs à songénie, les plus beaux édifices sont aussi ceux qui, dansleur destination d’utilité, s’harmonisent le mieux avec leclimat, les mœurs et les idées générales des peuples oùils sont élevés. L’architecture égyptienne nous paraît réu-nir au degré le plus éminent les conditions de durée etde stabilité que les institutions religieuses et politiquesde ce peuple avaient en vue. Ses motiumens les plus an-ciens n’offrent aucune d ifférence remarquable avec ceuxqu’il a construits dans les derniers temps de sa nationa-lité; ils ont le même caractère, les mêmes proportions ,les mêmes dispositions, et semblent également, dansleur sombre majesté, élevés pour le même but.
11 est donc impossible de ne pas reconnaître dans l’ar-chitecture égyptienne une suite de règles plus sévèresencore et plus exigeantes que celles dont les Grecs éta-blirent 1 usage. Ces règles, dit-on, rendaient du moinstout progrès impossible; le progrès, tel que nous le con-cevons, n’entrait point comme élément social dans lalégislation égyptienne. Elle n’avait pas voulu que lescaprices du goût pussent jamais affecter l’ordre religieux
et politique qu’elle avait établi : l’architecture nationaledevait donc subir ses prescriptions absolues. Mais sousle rapport de la science, cette architecture suppose desconnaissances mécaniques puissantes, et sous ceux del’invention et du goût, nous ne pouvons l’appréciersans faire la part du climat, de la religion et des mœurspubliques, dont il lui était ordonné de reproduire par-tout les symboles respectés.
La connaissance de l’architecture égvpticnne ne faitpoint partie des études auxquelles se livrent les jeunesarchitectes de nos jours. Sans doute la pratique engrand de cet antique système de construction formeraitavec nos mœurs mobiles et nos frivoles habitudes unechoquante disparate; mais quelquefois cependant on enrencontre dans nos cimetières quelques souvenirs incom-plets. On dirait que la douleur, commune à l’humanité,et dont le langage est universel, vient rappeler à l’artiste,en présence d’un tombeau, les traditions de l’architec-ture égyptienne, si puissante sur l’âme, car son carac-tère grave et mélancolique est aussi empreint de l’idéede l’éternité.
Il est a peu près établi que la Grèce reçut de l’Egypte ses premiers colons; ce fait historique n’est pas du moinscontesté. Mais la civilisation du Delta ne pouvait êtretransplantée dans le Péloponèse aussi facilement qu’unarbre étranger, dont le doux soleil de cette contrée eûtfavorisé le développement. Cette civilisation dut y re-cevoir immédiatement des modifications importantes.En effet, les Grecs, quels que soient leurs ancêtres, ap-paraissent dans l’histoire avec une cosmogonie, une lé-gislation et des mœurs qui n’appartiennent qu’à eux.On disait bien en Grèce que l’Egypte était la terre nataledes dieux et des arts; mais on n’y priait pas aux mêmesautels, et les arts ne s’y animèrent pas des mêmes inspi-rations.
On trouve dans les plus anciens poètes delà Grèce desdescriptions fastueuses de palais et de grands édifices quine permettent pas de douter qae les hommes y renon-cèrent aussi de très-bonne heure à la cabane pour deshabitations plus durables : mais il n’existe ni dans l’an-tiquellomère, ni dansllésiode, l’indication, même vague,d’aucun système régulier d’architecture. Suivant unpenchant aussi naturel à l’enfance des sociétés qu’à l’en-fance de l’homme, ces poètes s’occupaient beaucoup plusde la matière que de la forme des monumens. Les palaisdes dieux et des rois sont représentés par eux commede somptueuses constructions revêtues d’or, de marbre,de porphyre; mais ils ne font nulle mention de leursdispositions architecturales, et paraissent ignorer l’exis-tence des ordres, à l’un desquels cependant la traditiondonna plus tard une origine bien antérieure.
Le célèbre Vitruve a adopté cette tradition avec sesnaïves et poétiques erreurs. Nous allons lui emprunter