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Tome premier.
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sou récit, qui intéresse au fond l’histoire authentiquede l’art, et qui d’ailleurs est la source de cette fausseidée, que l’architecture doit l'origine de ses belles formesà l’imitation de la nature. Voici donc comment leprince des architectes, pour nous servir d’une expressionfamilière aux anciens, explique la naissance des ordresgrecs et gréco-romains.

« Dorus, roi du Péloponèse , ayant fait bâtir untemple à J unon dans Àrgos, il se trouva par hasard, decette manière, que nous appelons dorique, l’ordre qu’ilmit dans cette construction.

« Alors les Athéniens envoyèrent dans l’Asie -Mineureplusieurs colonies sous la conduite d’ion, et ils nommè-rent Ionie la contrée où celui-ci s’établit. Ils y bâtirentd’abord des temples doriques, principalement celui d’A-pollon . Mais comme ils ne savaient pas bien quelle pro-portion il fallait donner aux colonnes, ils cherchèrentle moyen de les faire assez fortes pour soutenir le faitede l’édifice, et de les rendre en même temps agréablesà la vue. Pour cela, ils prirent la mesure d’un pied d’unhomme, qui est la sixième partie de sa hauteur, surlaquelle mesure ils formèrent leurs colonnes, de sortequ’ils leur donnèrent six diamètres. Ainsi, la colonnedorique fut mise dans les édifices, ayant la proportion,la force et la beauté du corps de l’homme. » Voyez pourInforme et les proportions géométriques de cet ordrela Planche III, n° 2 .

« Quelque temps après ils bâtirent un temple à Diane,et cherchèrent quelque nouvelle manière qui fût belle,pat' la même méthode : ils imitèrent la délicatesse ducorps d’une femme. Ils élevèrent leurs colonnes, leurdonnèrent une base en forme de cordes entortillées,Pour en être comme la chaussure ; ils taillèrent des vo-lutes aux chapiteaux, pour représenter cette partie dedteveux qui pend à droite et à gauche; ils mirent surle fronton des colonnes des cymaises et des gousses pouruniter le reste des cheveux qui sont liés et ramassés auderrière de la tête des femmes ; par les canelures, ilsmutèrent les plis des robes, et cet ordre inventé parlesIoniens prit le nom à’ ionique. » V oyez Pl. III, n° 3.

> <l Le corinthien représente la délicatesse du corpsune jeune fille, à qui l’âge rend la taille plus dégagéeet P^ us su sceptible des ornemens qui peuvent augmentera beauté naturelle. L’invention de son chapiteau est duecette 1 encontre. Uue jeune fille de Corinthe, prête antauei, étant morte, sa nourrice posa sur son tombeau,ns un panier, quelques petits vases qu’elle avait aiméspendant sa vie, et afin que le temps ne les gâtât pas si tôttant a découvert, elle mit une tuile sur le panier, quiyant été posé par hasard sur une racine d’acanthe, ilu iva, lorsque les feuilles vinrent à pousser, quelepanicr,qui était au milieu de la racine fit élever le long de sestes les tiges de la plante, qui, rencontrant les coins de

la tuile, furent contraints de se recourber, et de faire lecontournement des volutes. Callimaque , sculpteur etarchitecte, vit cet objet avec plaisir et en imita la forme,dans le chapiteau des colonnes qu’il fit depuis à Co-rinthe , établissant sur ce modèle les proportions doY ordre corinthien. » Voyez Pl. III, n° 4-

« Plusieurs colonies grecques ayant apporté dans I’E-trurie, aujourd’hui la Toscane , la connaissance de l’ordredorique, qui était le seul dont on fit usage dans laGrèce , cet ordre y fut long-temps exécuté de la mêmemanière que dans le pays d’où il tirait son origine. Maisenfin on y fit plusieurs changemens, on alongea la co-lonne , on lui donna une base, on changea le chapiteau,on simplifia l’entablement, et cet ordre ainsi changé futadopté par les Romains sous le nom à’ordre toscan. »Voyez Pl. III, n° 1 .

« Long-temps après, les Romains, qui avaient adoptéles trois ordres grecs, imaginèrent de placer les volutesioniennes dans le chapiteau corinthien : ce mélange fitdonner aux colonnes où on le remarquait le nom d ’on-dre composite. » Voyez Pl. III, n° 5.

Nous abandonnons à la sagacité du lecteur le soin dedémêler dans ces historiettes du bon Vitruve la véritéqui s’y trouve si étrangement liée à des fables popu-laires. Ainsi, sans nous arrêter davantage à chercherl’origine de l’ordre dorique, et à savoir s’il a pris ce nomde Dorus ou des Doriens, et à quels Doriens il a pul’emprunter, nous pensons qu’il est certainement lepremier dont on ait fait dans la Grèce un usage systé-matique et régulier. La simplicité de ses formes, qu[comporte en architecture l’idée de force et de solidité,place son origine au berceau de l’art. Il est difficile néan-moins de préciser l’époque où l’ordre dorique commençaà être employé; on peut affirmer seulement qu’il a étéà peu près d’un usage général en Grèce , puisque toutce qui nous reste des monumens les plus anciens de cepays en conserve le style dans sa pureté primitive.

Les deux autres ordres grecs ont dû prendre nais-sance durant la période historique qui s’est écoulée entrel’époque de Périclès et celle d’Alexandre. La Grèce sortit alors d’une longue lutte : elle eut à réparer lesdesti'uctions de la guerre qu’elle avait soutenue conti'eles Pei-ses. La victoire de Marathon commença pour elleune ère de repos social, au sein duquel elle demandaaux beaux-arts de compenser la perte de sa liberté.C’est effectivement pendant ce laps de temps que lastatuah-e et la peinture fleurirent en Grèce , et que l’ar-cliitecture dut participer de leurs progrès. Aloi'S s’éle-vèrent dans le Parthenon et les pi’opylèes, ces nobleset gracieux édifices, modèles parfaits de gi’andeur et debeauté, qui semblent fixer la limite que l’art peutatteindre.

Il ne faut donc point chercher ailleurs que dans 1 et

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