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Tome premier.
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Vandales, précédant d’autres colonies de leur grandefamille, se jettent sur l’Italie , et portant en tous lieux lefer et la flamme, se partagent les dépouilles du mondesur les ruines qu’ils amoncèlent autour d’eux.

A l’architecture ancienne, dont l’histoire semble dèsce moment terminée, succède alors une autre architec-ture appelée gothique , qui, dédaigneuse du passé, élèveses masses colossales sur les débris de l’art antique. Lesarchitectes, mal conseillés par les faux principes qu’ilsassiguent à l’art, n’ont pu expliquer ni l’origine , ni lenom de l’architecture gothique. Il faut, il est vrai, re-noncer à y chercher l’imitation du corps humain et dela cabane; mais puisque l’histoire de l’art ancien nerepose que sur un choix d’hypothèses diverses, on pour-rait en hasarder une sur l’art gothique : nous allons dumoins l’oser.

Ce n’est pas tout-à-faitsans raison, comme on le pré-tend généralement, que l’architecture du moyen âge areçu la dénomination de gothique. Entre tous leshommes du Word, les Gollis furent les premiers dontl’invasion ébranla l’ancien système social, et ceux quilaissèrent des traces plus profondes de leur passage.C’est à l’époque de leurs migrations, que commenceréellement la période historique à laquelle est demeuréeattachée le nom de moyen âge. Architecture gothiquesignifie donc : Architecture employée depuis l’invasiondes Goths . Il n’y a rien cependant dans cette désignationqui puisse s’appliquer à la nation elle-même, car il estbien évident qu’elle n’apporta pas du Nord un systèmequelconque d’architecture; et d’ailleurs sa domina-tion u’a point été assez générale et n’a eu nulle part assezde durée et d’influence sociale pour que cela puisse sesupposer. Aussi n’est-ce point dans uu goût qui auraitété propre aux races teutoniques , qu’il faut chercher leprincipe esthétique de l’architecture du moyen âge. Ceprincipe est tout entier dans le génie du christianisme,dont les historiens de l’art ont trop négligé d’apprécierla puissance. La décadence de l’art ne commence-t-ellepas sous Néron , et ne suit-elle pas depuis lors dans uneprogression contraire la progression ascendante du chris-tianisme? Si Constantin ne réussit point à faire deBysanceune seconde Rome, c’est que sous sou règne la foi du chré-tien condamnait déjà l’enthousiasme de l’artiste pour unsystème d’architecture dont le polythéisme avait, pourainsi dire, usé la majesté. Il fallait au christianisme destemples d’une forme nouvelle, comme l'étaient sa formee t sa parole, grave et mélancolique comme sa législatione t ses prières. Les premiers chrétiens, persécutés, avaientcélébré les saints mystères dans des cryptes profondes,dont la sombre grandeur s’alliai t parfaitement à la penséeintime du culte. Cette pensée, les chrétiens la transpor-tèrent dans leurs édifices religieux, lorsque, arrivés aupouvoir, ils se livrèrent sans contrainte à toute la fer-

veur, au génie de leur croyance. Elle se retrouve toutentière, cette pensée, dans les admirables monumens quenous devons à l’architecture du moyen âge ; elle respiresous ces voûtes à plein cintre, dans ces grandes ogives,dans ces portiques majestueux, dont la construction aexigé trop d’efforts et de patience pour qu’elle ne soitpas le résultat d’une puissante direction intellectuelle.

Nous devons ajouter à ces considérations généralesdeux observations qui viennent à l’appui de ceLte hypo-thèse. Les premières invasions des races teutoniquesremontent à peu près à l’époque où le christianismedevint la religion de l’Empire, et où, par conséquent,il commença à construire des temples d’après les inspi-rations de sa foi. Le nom de gothique a donc logique-ment désigné cet âge intermédiaire de l’architecture.

La seconde observation que nous avons à présenterporte sur le caractère même de l’art au moyen âge. Neretrouve-t-on rien de l’architecture égyptienne dansles assises massives, dans les vastes proportions desmonumens gothiques ? Nous n’admettons certainementaucun système arrêté d’imitation dans l’origine de cestyle ; il a, pour qu’on doive le supposer, un carac-tère trop prononcé de spontanéité, et, si l’on peut ledire, de sociabilité. Mais nous voulons tirer de ce rap-port, qui nous a souvent frappés, une conséquence dontla logique coiîfirme le principe, que nous avons trouvépartout, de l’influence des idées sociales sur l’art. Lapensée égyptienne, comme la pensée gothique, était reli-gieuse, et les deux architectures ont dû se rencontrerquelquefois. Si l’on veut faire la part de la différencedes climats et des temps , celle surtout de l’excentricitédes croyances, on verra qu’il est difficile de trouverdes rapports aussi identiques entre les productions dumême art à deux époques si éloignées l’une de l’autre.

Quant au style arabe ou moresque, qui, durant lemoyen âge, vint modifier sous quelques rapports l’ar-chitecture gothique, il est facile de juger par la simplecomparaison qu’il ne forme point dans l’art un ordre par-ticulier. Il n’est en effet qu’un développement du mêmeprincipe. Ses dentelures, ses ornemens fantastiques, sesrinceaux élégans n’affectèrent nullement le systèmegothique que les Arabes pratiquèrent en Europe avecleur génie national. Les chrétiens l’adoptèrent dans quel-ques-uns de leurs monumens, parce que les Arabes alors,seuls en possession des sciences, exerçaient en Europe une influence sociale assez importante pour qu’elle s’é-tendît sur les arts.

Néanmoins , et malgré l’usage dominant de l’archi-tecture gothique, le goût ancien essaya plusieurs fois,durant le moyen âge, de reprendre sou influence. Lapremière tentative qui fut faite sous ce rapport remonteau VII e siècle, époque où Justinien fit bâtir à Constanti-nople l’église de Sainte-Sophie . L’architecte Isidore jeta