AS
AS
logie donnent un caractère prononcé de certitude et deréalité, les eaux de l’Océan couvriraient aujourd’hui descontinens primitivement habités., et la plupart de ceuxque nous habitons auraient été leur lit antérieur. Il estdonc impossible d’admettre, comme des faits dignesd’être cités à l’appui des recherches scientifiques, les con-jectures hasardées des plus anciens écrivains sur l’évène-ment terrible qui semble avoir séparé pour toujoursl’histoire mystérieuse de la race anté-diluvienne de cellequi lui a succédé. Il faut en conséquence rejeter commeune fable, reflet incertain de quelque vague et antiquetradition, les assertions de Josèplie et de Manetlion, fon-dées, suivant l’un, sur les colonnes construites en pierre,et en brique, où les pères du genre humain auraientgravé les principes de la science astronomique et la pré-diction du cataclysme qui devait bouleverser la terre ; etsuivant l’autre, sur les prétendues colonnes égyptiennesde Sotliis ou de Thot . Manetlion cependant a osé parlerde ce dernier monument comme ayant été consultépar des écrivains peu antérieurs à lui, qui vivait durantle troisième siècle avant Père chrétienne . On doit d’a-bord supposer que Josèphe n’a imaginé les colonnesd’Adam et de Seth que d’après l’inspiration de Ma-nethon, et qu’ainsi ces deux traditions ont une ori-gine commune. Mais, si du temps de ce dernier histo-rien, un monument semblable existait encore en Egypte dans la mémoire des prêtres, comment n’aurait-il pasété conservé lui-même par les hommes comme un objetsacré, ou comment Manetlion, seul dans l’Egvpte reli-gieuse et éclairée, avait-il pu entendre parler de cestitres saints et méconnus, qui attestaient les malheurset l’antiquité du genre humain, et dont pour la pre-mière fois il invoquait le témoignage ?
Nous nous sommes arrêtés un moment sur ces hypo-thèses puériles, parce qu’il nous a paru utile d’en dé-montrer l’absurdité. Un préjugé fortement enraciné at-tache l’homme à de vieilles erreurs, et nous avons unpenchant irrésistible à juger de la réalité d’un fait parl'antiquité de l’historien qui le rapporte. D’ailleurs ,il convient d’aborder l’histoire de la science avec un es-prit dégagé de toute préoccupation étrangère à des dé-monstrations précises, et de ne chercher sou véritableberceau que là où la civilisation, en formulant ses be-soins, commence à montrer les premiers développe-rons de la raison humaine.
i. Le doux climat de l’orient, son ciel pur, la hau-teur de quelques-unes de ses montagnes, où peut-êtreles restes de la race anté-diluvienne cherchèrent un re-fuge, et descendirent ensuite dans les vastes et fertilesplaines qu'arrosent le Tigre et l’Euphrate , durent y ap-peler de bonne heure des habitans et favoriser leur re-production. L'astronomie chaldéenne est la première,en effet, de laquelle l’histoire ait conservé quelques ob-
m
servations qui annoncent le point de départ réel de lascience. On a souvent fait deux nations distinctes desChaldéens et des Babyloniens : cette erreur n’a pas peucontribué à jeter de la confusion dans la chronologie,d’ailleurs si vague et si embrouillée de ces races primi-tives. Il est certain que le nom de Chaldéen, pour desraisons qui nous sont inconnues et qui sont enseveliesdans le secret des anciens idiomes orientaux, fut donnédans la Babylonie à des sages, peut-être à un collègede prêtres ou à une secte philosophique. Quoiqu’on nepuisse point j uger des civilisations passées par la nôtre,il est un fait inhérent à l’espèce humaine,. et qui estcommun à toutes les sociétés, c’est que les connaissancesscientifiques, toujours excentriques et individuelles,ne sont partout que le privilège d’un petit nombred’hommes. Les Chaldéens , pris comme peuple, ngsauraient donc être regardés comme les fondateurs del’astronomie ; et c’est dans le sens le plus restreint quenous emploierons cette expression pour désigner cesanciens observateurs des astres.
Comme toutes les connaissances humaines, les con-naissances astronomiques ont dû avoir une longue en-fance. La division du temps a d’abord été leur seul ob-jet; car c’est le premier besoin social qui se fasse sentirdans une agglomération d’hommes. Aussi l’astronomiedes Chaldéens consista-t-elle, avant tout, dans l’observa-tion du zodiaque, dans celle du lever et du coucher lié-liaque des constellations, c’est-à-dire dans leurs mouve-mens par rapport à celui du soleil ; dans celle de la mar-che de cet astre et des phases de la lune. Il fallut en-suite donner des noms à tous ces astres, pour les recon-naître et les suivre dans leurs mouvemens divers. Onavait remarqué que le soleil, la lune et les planètesalors connues, ne s’écartaient jamais d’une zone céleste ,dans l’étendue de laquelle s’opéraient tous leurs mouve-mens. Cette observation donna l’idée du cercle imagi-naire , qu’on a nommé zodiaque, et de sa division endouze constellations.
Ce fut seulement quand elle posséda ces premièresnotions, que l’astronomie chaldéenne put se livrer àdes observations plus régulières; mais ces notions, fillesd’une expérience acquise d’après des apparences, etsouvent de traditions populaires transmises d’âge en âge,ne reposant sur aucuns principes positifs, ne pouvaientencore constituer une science. Néanmoins, ces antiquesobservations sont précieuses, et méritent d’être recueil-lies par l’histoire; car, plus nous avons de peine à con-cevoir aujourd’hui comment il a été possible d’expliqueret d’annoncer les éclipses en s’appuyant sur les plus folleshypothèses du système du monde, et souvent même enl’absence de toute hypothèse, plus nous devons montrerde respect et d’admiration pour ces premières tentativesde l’émancipation intellectuelle de l’homme. C’est toute