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Tome premier.
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vers l’au 5go avant notre ère, se fit remarquer de bonneheure, par sa haute intelligence, parmi ceux qui venaientécouter comme lui la parole de Thalès . Le philosopheionien devina le génie de son jeune disciple, et luidonna le conseil d’aller chercher la science aux sourcesoù lui-même avait été la puiser. Pythagore partit pourl’Egypte , où il fut initié aux mystères célèbres de cepays ; mais son amour pour la science lui fit dépasser ceterme des voyages de son maître : il alla sur les bordsdu Gange , et puisa, dit-on, dans les entretiens desbrahmanes les opinions, souvent si avancées, queprofessa l’école philosophique à laquelle il donna sonnom. Sous le rapport de l’astronomie, Pythagore donnaun développement important aux principes enseignésdans l’école ionienne, en y ajoutant l’explication des deuxmouvemensdela terre sur elle-même et autour du soleil.Il compléta ces notions, si justes, du vrai système dumonde, par l’hypothèse du mouvement régulier descomètes et de toutes les planètes autour du soleil. Onenseigna plus tard dans son école, et l’on peut penserque ces opinions furent aussi les siennes, que les pla-nètes étaient habitées, et que les étoiles étaient autantde soleils placés au centre d’autant de systèmes plané-taires. Les pythagoriciens expliquèrent également ladistribution ou l’ordre de la sphère céleste, l’obliquitéde l’écliptique, la rondeur de la terre, l’existence desantipodes, la sphéricité du soleil,la cause de la lumièredelà lune, celle de ses éclipses, ainsi que celle deséclipses du soleil. La plupart de ces idées leur furentcommunes avec l’école de Thalès, et avaient été émisespar ce philosophe lui-même ; mais le système pythago-ricien les rassembla toutes, et les exposa, comme on vientde le dire, avec plus d’étendue et d’ensemble.

On se demande comment la possession des véritésfondamentales de ce système a pu échapper à l’huma-nité, qui s’est glorifiée, après une longue suite de siècles,de les avoir reconquises. La plupart des astronomes,tout en témoignant leur enthousiasme pour ces grandesdécouvertes, et leur admiration pour le génie sublimede Pythagore , n’ont point cherché à expliquer ce phé-nomène historique. Mais dans le point de vue philoso-phique sous lequel nous examinons ici la marche de lascience, cette circonstance est trop essentielle, pourqu’elle ne soit pas, de notre part, l’objet de quelquesrapides réflexions. Et d’abord est-ce bien des brahmanesou des prêtres de l’Égypte que Pythagore lira des leçonsaussi remarquables par la grandeur et la justesse desvues quelles expriment? Il est au moins permis d’endouter. L astronomie des Indiens et des Égyptiens n’é-tait plus avancée que celle des Grecs, à cette époque,que sous des rapports pratiques ; mais rien n’indiquenulle part dans leurs observations, leurs monumens etle peu de documens authentiques que nous possédions sur

leur antique histoire, que la science s’y fût élevée à lahauteurde l’hypothèsepythagoriciennc. D’ailleurs, com*ment Thalès qui avait eu avec les prêtres égyptiens lesmêmes rapports que Pythagore , n’en avait-il pas reçules mêmes révélations ? Faudrait-il ajouter foi à l’exis-tence de ces divers degrés d’initiation, dont on supposeque la connaissance entière des mystères était précédée?Mais si les prêtres étaient eu possession des idées quePythagore professa sur le système du monde, pourquoiles maîtres ont-ils gardé le silence sur un objet qu’il aété permis au disciple de dévoiler? et pourquoi enfincette faculté, parmi tous les hommes qui subirent lesdegrés les plus élevés de l’initiation, a-t-elle été le par-tage du seul Pythagore ? On sent bien que toutes cesquestions compliquent le problème au lieu de le résou-dre; mais ou lésa exposées pour démontrer l’incertitudequi règne dans l’histoire de ces temps éloignés, et lahardiesse qu’il y aurait d’adopter, sans aucune critique,des faits présentés par les écrivains des siècles intermé-diaires avec une confiance qui ne prouve rien en faveurde leur authenticité. On ne peut donc que hasarder deshypothèses plus ou moins probables sur ces hâtives ma-nifestations de l’esprit humain, qui surgissent de loinen loin comme des clartés inattendues dans la nuit mys-térieuse de l’antiquité. Ainsi, il est possible que Pytha-gore ait profité de quelques vagues aperçus des brah-manes et des prêtres de l’Egypte , pour fonder son opinionsur le système du monde. Mais ce système lui-même dutnaître dans la spontanéité de son génie, puisque, avantet après lui, l’univers entier, fidèle à ses vieilles erreurs,méconnut les vérités qu’il était venu lui révéler. Aureste, il ne faut pas non plus accuser l’humanité d’unedisposition trop prononcée à dédaigner les découvertesscientifiques. Elle n’ejitre dans le progrès qu’en vertu deslois qui le déterminent, c’est-à-dire qu’il n’y a progrèspour l’humanité que là où les découvertes , scientifique-ment exposées, deviennent incontestables. Pythagore enveloppa sa doctrine des formes mystiques de l’initia-tion; il ne la présenta que dans un langage mystérieuxet obscur, et mêlée à des doctrines philosophiques d’unordre tout différent. Peut-être ce grand homme craignit-il à la fois d’exposer ses dogmes aux railleries du vul-gaire, dont ils offensaient les préjugés, et ses disciplesà des persécutions dont les malheursd’Anaxagore avaientété le prélude dans la Grèce . Au reste, son école con-serva long-temps, jusqu’à un certain point, la directionintellectuelle qu’elle avait reçue de lui; et il paraît alorsmoins surprenant qu’elle n’ait pu se placer en tête desprogrès de la science. Philolaüs de Crotone , fut le pre-mier disciple de Pythagore , qui professa publiquementl’opinion de ce philosophe sur le mouvement de la terre :elle était demeurée jusqu’à lui enveloppée dans le my**tère qui couvrait les doctrines de cette école.