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Tome premier.
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soixante ans, et suivant d’autres seulement de quarante-cinq.

BACON ( RoGF.n ), religieux anglais , de l’observancede Saint-François, mathématicien et astronome célèbre,l’un des savaus les plus remarquables du moyen-âge,naquit à Ilchester , dans le comté de Sommerset,en 1214. Ses contemporains l’honorèrent avec raison dutitre de docteur admirable , et la postérité l’a placé aupremier rang des hommes de ce siècle, dont les tra-vaux sigualent les modernes efforts de l’intelligencecontre les ténèbres qui couvraient encore l’Europe . Lesdécouvertes attribuées à Roger Bacon , ses ingénieuxaperçus, ses nombreux travaux dans toutes les branchesdu savoir, et enfin les malheurs que lui attirèrent sesconnaissances, dans ces temps d’ignorance et de grossierspréjugés, en font un de ces personnages pour lequels,après de longues années, le biographe se sent encoreému d'un profond intérêt.

Né dans une famille peu riche, mais de la classe decelles qu’on appelle honorables en Angleterre, RogerBacon révéla dès son enfance les heureuses facultés quel’étude des sciences devait un jour développer en lui.Ce fut à l’université d’Oxford , et sous le professoratd’Edmond Ricli, depuis archevêque de Cantorbéry,<lu J il commença ses cours. Il les continua à Paris , oùl’appela, dans un âge un peu plus avancé, la réputationdont jouissait l’université de cette ville. Il fut promudans cette école, alors célèbre, au grade de docteur enthéologie ; science qui supposait, à cette époque, la con-naissance de toutes .les autres. On croit généralementque ce fut à Paris , et après avoir obtenu, pour prix deses premiers efforts, ce titre si respectable, que le jeuneBacon prononça ses vœux dans un des ordres mineurs.Ce fut sans doute avec l’espoir de pouvoir se livrerExclusivement, au sein de la solitude du cloître, auxétudes qu’il avait embrassées avec tant d’ardeur, qu’ilSe sépara ainsi du monde. Mais sa renommée devaittromper ses nobles espérances, et l’ignorance monacale^servait à son âge mûr d’étranges persécutions, quidurent lui faire regretter le parti qu’il avait pris dans sa

Jeunesse enthousiaste.

Bacon , dévoré du besoin de connaître tout ce que leshommes pouvaient savoir de son temps , apprit succes-sivement le latin , le grec, l’hébreu et l’arabe. Il futBientôt à même de consulter les auteurs anciens dansleur propre langue, et de comparer leur texte avec lesVersions infidèles qu’on colportait dans les' écoles. Maisalors il éprouva cette amère déception qui attend souvent1 homme de génie au moment même où il croit entrere u possession de la vérité : il 11e trouva rien derrière

cette érudition stérile , acquise au prix de tant deVeilles. Doué d’un génie supérieur et digne d’un meil-leur siècle, il voulut s’ouvrir une route plus large et

plus sûre dans les sciences. Il se livra, en Conséquence,avec une ardeur nouvelle, à l’étude de la philosophienaturelle, et comprenant enfin que la connaissancedes mathématiques pouvait seule attacher un caractèrede certitude aux découvertes scientifiques, il en fit l’ob-jet principal de ses travaux. C’est sous ce dernier point,de vue seulement que la vie de Roger Bacon doit être!envisagée dans cet ouvrage.

Cet homme extraordinaire a rendu de plus grands^services à l’humanité, en prouvant l’utilité des mathé-matiques dans la philosophie naturelle, qu’il n’a mé-rité sa reconnaissance par des découvertes destinées à enagrandir les connaissances. Néanmoins, ceux de ses bio-graphes modernes qui se montrent les plus sévères enverslui, ne lui refusent pas de grandes vues et une habiletéremarquable dans sa manière séduisante de les présenter.L’un des ouvrages les plus importans qu’ait composésRoger Bacon est son Traité de perspective , branche desmathématiques qu’il paraît avoir affectionnée. Cet écritrenferme des idées justes, et nouvelles alors, sur un grandnombre de phénomènes qui s’expliquent par les lois del’optique. Telles sont les observations de l’auteur surla réfraction astronomique, sur la grandeur apparentedes objets, et sur l’apparence extraordinaire du soleilet de la lune à l’horizon. Il n’y a pas de doute que Bacon n’ait tiré un très-grand parti des travaux anciens surl’optique, de Ptolémée et de l’arabe Alhazen . Mais ceserait un étrange reproche à adresser à un savant, quecelui d’avoir profité, dans ses recherches de la vérité, destentatives antérieures aux siennes. La plupart des grandesdécouvertes dans les sciences n’ont été d’abord que desaperçus, dont les développeinens sont devenus peu àpeu des systèmes complets, suivant que des hommes degénie s’en sont emparés. Cette observation s’appliquesurtout à la découverte du télescope, attribuée à RogerBacon , d’après plusieurs passages fort remarquables deson Opus majus. On a craint, en lui faisant honneur decette puissante invention, de diminuer la gloire de l’il-lustre Galilée ; mais ce motif n’a aucune valeur ration-nelle. Que Roger Bacon ait entrevu que des milieux figu-rés d’une certaine manière, et disposés convenablement^entre l’œil et l’objet, pouvaient augmenter l’angle visuel,et conséquemment l’apparence de l’objet, cela nous paraîthors de doute. Mais il y aurait encore loin de cette cons-truction a priori d’un objectif de ce genre, au télescopde Galilée , comme l’instrument inventé par ce grandhomme est peu comparable à celui que les perfection-nemens d’Huygens ont rendu si utile à la science. Ceciune fois posé, qu’on fasse la part de tout ce que la bril-lante et féconde imaginati in de Bacon pouvait luimontrer d’exagéré dans les résultats de sa découverte,il est difficile d’expliquer autrement qu’en sa faveur lesdivers passages de l ’Opus majus, où il expose ses idées