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Tome premier.
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grave et élevé dans une république. Euler venait d’é-pouser Mlle Gsell, fille d’un peintre, son compatriote,amené en Russie par Pierre 1 er . Il se livra tout entier àl'étude et cacha sa vie dans le sanctuaire de la science etdes affections privées. Si c’est à cette circonstance qu’ildut l’opiniâtreté pour le travail, dont il donna depuistant de preuves , c’est aussi à elle qu’il faut attribuercette tristesse profonde et cette vague inquiétude del’avenir qu’on remarqua toujours dans cet homme demoeurs si douces et si pures et doué de tant de bienveil-lance. Cette impression fut si forte sur son esprit qu’en1 74 1 » lorsqu’Euler se rendit à Berlin , la reine de Prusse qui l’accueillit avec une noble bonté ne put obtenir delui que des monosyllabes, et comme elle s’étonnait dela timidité et de l’embarras d’un savant aussi distingué,Euler lui répondit naïvement : — Madame, c’est que jeviens d’un pays où, quand on parle on est pendu. Il re-tourna néanmoins en 1766 dans ce pays, auquel il étaitd’ailleurs attaché par des liens difficiles à briser , mais iln e fit à cette époque que déférer aux vœux de l’impéra-h'ice Catherine II , dont le règne brillant excitait alors1 admiration de l’Europe .

Dès l’année iy 35 Euler avait été atteint d’une°l>htalmie à la suite d’un travail forcé auquel il s’étaitassujetti, il perdit alors un œil et fut bientôt menacéd’une cécité complète. Les craintes de ses amis et de safamille ne furent que trop justifiées par l’évènement, ildevint aveugle, mais il conserva cependant la faculté dedistinguer de grands caractères tracés sur une ardoiseavec de la craie. Cette douloureuse circonstance ne fit,leQ perdre à Euler de son amour pour la science et des °n ardeur pour l’étude et il continua de se livrer auxh'avaux multipliés qui ont illustré sa vie. Ses fils ou ses'déves copiaient ses calculs et écrivaient sous sa dictée le'este de ses mémoires} et si, dit Condorcet , on en jugePar leur uombre et souvent parle géniequ’on y rehrouve,° n Pourrait croire que l’absence encore plus absolue del °ute distraction , et la nouvelle énergie que ce recueil-laient forcé donnait à toutes ses facultés, lui ont faitP^as gagner que l’affaiblissement de sa vue n’a pu luiail 'e perdre de facilité et de moyens pour le travail.

a dit avec raison qu’Euler , en succédant à NicolaserQou >lli, avait continué l’école de Leibnitz ; cette^pressioncaractérise, en effet, d’une manière générales Productions de cet illustre géomètre, qui ont exercé^^esi grande influence snr les progrès de la science. NousEntreprendrons point ici d'exposer même l’énoncé desgueuses travaux d’Euler ; il faudrait, pour en présenterSnemenl J e résumé , former un tableau méthodique^ ‘tterentes branches des sciences mathématiques, enj fl Ua nt pour chacune les progrès, les changemens^ u *cux qu’elle doit au génie d’Euler , cette méthodea suivie ou du moins indiquée par Condorcet

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dans l’éloge académique de l’homme célèbre qui fait lesujet decette notice, nous entraînerait à d’inutiles répé-titions, puisque la théorie des diverses branches de lascience qui ont fait l’objet de ses travaux doit êtreexposée tour à tour dans d’autres articles de ce dic-tionnaire.

Euler paraît s’être attaché surtout à perfectionner lascience du calcul, en écartant de plus en plus les consi-dérations de pure géométrie que l’école de Newton af-fectionnait. Génie profond , inventif, doué d’une émi-nente sagacité, il étendit considérablement la théoriedes suites et créa le calcul algébrique des fonctions cir-culaires. L’analyse indéterminée et la théorie des nom-bres, qui depuis Diophante n’avaient été cultivées avecquelque succès que par Bachet de Méziriac et Fermât ,doivent à Euler de nombreux accroissemens, et le pre-mier il démontra les théorèmes dont l’illustre Fermât n’avait donné que l’énoncé. Il traita entièrement la mé-chaniquc par l’algèbre et en augmentant ainsi l’étenduede cette science, il perfectionna beaucoup le calcul in-tégral et le calcul différentiel. Il s’empara avec tout songénie du calcul intégral aux différentielles partielles,dont la pensée paraît appartenir à d’Alembert, maisdont le premier il a donné la notation. 11 embrassa tourà tour dans des traités qui sont devenus célèbres, lascience navale et ladioptrique. On lui doit des essais im-portans sur la théorie générale de la lumière, sur celledu son, de l’aimant, de la cohésion des corps, des frot-temens, sur le calcul des probabilités, et sur l’arithmé-tique politique.

Euler n’éprouva point ces douloureuses injustices,ces poignantes déceptions qui troublent trop souvent lavie des hommes supérieurs, au contraire ses talens furentnoblement appréciés et son génie a reçu des hommagesdignes de lui. En 1760 les Russes , ayant pénétré dansla marche de Brandebourg, pillèrent une métairiequ’Euler possédait près de Charlottembourg. Mais legénéral Toltleben , qui les commandait, s’empressa deréparer la perte que l’illustre géomètre avait pu essuyeret l’impératrice Elisabeth, sa souveraine, ajouta un donconsidérable à l’indemnité généreuse qui lui avait étéaccordée. En 1771 , les flammes qui dévoraient Pé-tersbourg atteignirent la maison d’Euler aveugle etsouffrant, Pierre Grimon, de Bâle , se dévoua pour lesalut de son célèbre compatriote; il pénétra jusqu'à lui,le chargea sur ses épaules et le sauva au péi il de sa vie.Sa bibliothèque et ses meubles furent consumés, mais lessoins empressés du comte Oiloff sauvèrent ses manus-crits. Cette maison , qui était un des bienfaits de l’impé-ratrice , fut rétablie à ses frais : et , cette altri tion , aumilieu du trouble et des horreurs d’un grand désastre ,ajoute Condorcet, 1 ’eloquiut panégyriste d’Euler , estun des hommages les plus vrais et les plus flatteurs que