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[Tome deuxième.]
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nous avons par le moyen de chacune d’elles, de tout cequi est emprunté de l’expérience comme hétérogène etpuisé dans une source étrangère : ce qui restera nepourra appartenir qu’à la cognition pure , et sera uneconnaissance pure. Tel est le problème que Kant s’estproposé dans sa Critique de la raison pure.

1 3 . Dans toute connaissance d’expérience , l’élémentfourni par l’expérience se nomme la Matière de la con-naissance, et l’élément fourni par la connaissance purese nomme la Forme delà connaissance. Ces deux éléinensont des caractères distinctifs qui ne permettent pas deles confondre. En effet, la matière est toujours contin-gente , taudis que la forme est toujours nécessaire.C’est ce que nous allons mieux faire comprendre en re-commençant l’analyse de la cognition sous le rapportde la connaissance pure.

14. La disposition de la cognition à être affectée parles objets, à recevoir des impressions et à éprouver dessensations, la sensibilité en un mot, se nomme aussi ré-ceptivité. L’effet de la sensation est la représenta:ionde l’objet, ou Y intuition.

La sensibilité est dite externe ou interne, selon qu’elleest affectée par un objet réel hors du sujet pensant, ouPar les modifications et les changemens qui s’opèrentdans ce même sujet, comme les désirs , les sentimens ,etc., etc. ; l’objet qui agit sur la sensibilité s’appellephénomène. La matière de l’intuition est ce qui modifiela sensibilité et correspond à la sensation; sa forme estle rapport, l’ordre, l’ensemble que nous apercevonsdans la matière. La. forme n’étant pas donnée par l’objetpuisqu’elle n’est pas sensation , appartient uniquementa la nature de la sensibilité; c’est une connaissance ouintuition pure; elle est à priori ou antérieure à l’objet ;elle est necessaire , parce que, sans elle , l’intuition desobjets ne serait pas possible. Ainsi , quand on délachede la représentation d’un corps ce que l’entendement enconçoit, comme la substance, la force, la divisibilité, etc.,et ce que la sensation en reçoit comme la dureté, la cou-leur, etc., il reste encore quelque chose de l’intuition em-pirique, savoir : l’étendue et la figure.Ces deux qualitésa ppartiennent à l’intuition pure qui a lieu a priori dansl’esprit, comme une pure forme de la sensibilité.

> 5 . Les impressions produites par les objets sur lasensibilité ne peuvent se faire que d’une manière con-forme à l’organisation intérieure, ou au mode d 'affcc-dbilité propre à cette faculté, c’est-à-dire, suivant cer-finnes règles ou lois constantes et invariables de cetteAcuité, auxquelles sont assujéties nécessairement et sanse *ception toutes les impressions que nous recevons des^jets, et par conséquent aussi toutes nos ictuitions. 11esi clair, d’après cela, que ce qui constitue l’essencede notre sensibilité même n’est antre chose que l’cn-de ces lois nécessaires , existant en elle originai-

rement et antérieurement à toute impression actuelledesobjets sur nous. Ainsi , pour découvrir ces lois im-muables qui déterminent constamment, uniformémentet sans aucune exception, la manière dont nous sommesaffectés par les objets sensibles, il faut distinguer d’abordce qui, dans la multiplicité des intuitions , nous affectede diverses manières, de ce par quoi nous ramenonscette variété de perceptions à l’unité, sous certains rap-ports et suivant certaines règles constantes, uniformes ,générales et nécessaires. Or, il nous est absolument im-possible de nous représenter les objets, d’en avoir uneintuition sensible, s’ils ne sont distans les uns des autres,c’est à-dire, s’ils ne sont placés dans l’espace. Nous nepouvons également apercevoir leur existence que si-multanément ou successivement, c’est-à-dire, dans letemps. L’espace et le temps sont donc la condition detoutes les intuitions, savoir: l’espace pour les objets ex-térieurs, et le temps pour tous les objets en général. Eneffet, l’espace et le temps sont si intimement liés à toutesnos perceptions , que l’imagination même ne peut sereprésenter des êtres qui en soient dépouillés et quenous ne pouvons les séparer des objets sans anéantii en-tièrement ces objets, tandis qu’on peut dans la penséeanéantir tous les objets, sans qu’il soit possible de dé-truire l’espace et le temps qui restent attachés et néces-saires au sujet pensant. L’espace et le temps sont doncles lois générales ou les formes de la sensibilité.

16. L’espace et le temps étant des conditions néces-saires pour l’intuition des objets sensibles, les attributsqui leur conviennent doivent aussi convenir aux objets,et les jugemens qu’on peut porter sur leurs propriétésdoivent être nécessairement applicables aux objets eux-mêmes. C’est ce qui explique l’évidence, l’universalité,la nécessité des propositions malhématiques ainsi queleur application à tous les phénomènes de l’univers.

Cette théorie de l’espace et du temps se nommeVEsthétique transcendentale.

17. Si nous étions réduits à la seule faculté passivede recevoir des impressions des objets, toutes nos per-ceptions resteraient isolées, sans liaisons, inactives ; nousn’aurions point proprement de connaissances, car con-naître consiste précisément pour nous à être en posses-sion de conceptions auxquelles nous puissions rapporterles perceptions simples et immédiates. La connaissancecommence donc dans l’entendement; c’est cette facultéqui s’empare des matériaux épars fournis par la sen-sibilité et qui les amène à l’état de conceptions suivantles lois qui lui sont propres.

L’action de l’entendement a lieu par des jugemens-,car réunir plusieurs perceptions en une seule pour dé-terminer ce qu’est un objet, ou ramener plusieurs phé-nomènes de la même espèce à une même conceptionsous laquelle ils sont tous compris, c’est juger. Ainsi,