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annoncent assez combien l’esprit public était alorséveillé dans toutes les parties du royaume, etcombien était général et prononcé le vœu de laFrance pour la liberté (4). Mais une constitutionentière à fonder au milieu des décombres d’uneantique législation, malgré toutes les résistances,et avec l’élan désordonné des esprits, était uneœuvre grande et difficile. Outre les dissentimentsque devait produire la diversité des intérêts, il yavait encore à redouter la divergence naturelle desopinions. Une législation tout entière à donner à ungrand peuple excite si fortement les esprits, leurinspire des projets si vastes, des espérances sichimériques, qu’on devait s’attendre à des mesu-res ou vagues ou exagérées, et souvent hostiles.Pour mettre de la suite dans les travaux, onnomma un comité chargé d’en mesurer l’étendueet d’en ordonner la distribution. Ce comité étaitcomposé des membres les plus modérés de l’assem-blée. Mounier, esprit sage, quoique opiniâtre, enétait le membre le plus laborieux et le plus in-fluent ; ce fut lui qui prépara l’ordre du travail.
La difficulté de donner une constitution n’étaitpas la seule qu’eût à vaincre cette assemblée. En-tre un gouvernement mal disposé et un peuple af-famé qui exigeait de prompts soulagements, ilétait difficile qu’elle ne se mêlât pas de l’adminis-tration. Se défiant de l’autorité, pressée de secou-rir le peuple, elle devait, même sans ambition,empiéter peu à peu sur le pouvoir exécutif. Déjàle clergé lui en avait donné l’exemple, en faisantau tiers état la proposition insidieuse de s’occuperimmédiatement des subsistances. L’assemblée àpeine formée nomma un comité des subsistances,demanda au ministère des renseignements surcette matière, proposa de favoriser la circulationdes denrées de province à province, de les trans-porter d’office sur les lieux où elles manquaient, defaire des aumônes et d’y pourvoir par des emprunts.Le ministère fit connaître les mesures efficacesqu’il avait prises, et que Louis XVI , administra-teur soigneux, avait favorisées de tout son pouvoir.Lally-Tolendal proposa de faire des décrets sur lalibre circulation; à quoi Mounier objecta que detels décrets exigeraient la sanction royale, et quecette sanction, n’étant pas réglée, exposerait à desdifficultés graves. Ainsi tous les obstacles se réu-nissaient. Il fallait faire des lois sans que les for-mes législatives fussent fixées, surveiller l’admi-nistration sans empiéter sur l’autorité executive,et suffire a tant d’embarras, malgré la mauvaise
volonté du pouvoir, l’opposition des intérêts, Udivergence des esprits, et l’exigence d’un peuplerécemment éveillé, et s’agitant à quelques lieuesde l’assemblée dans le sein d’une immense ca-pitale.
Un très-petit espace sépare Paris de Versailles ,et on peut le franchir plusieurs fois en un jour.Toutes les agitations de Paris se faisaient donc res-sentir immédiatement à Versailles , à la cour etdans l’assemblée. Paris offrait alors un spectaclenouveau et extraordinaire. Les électeurs, réunisen soixante districts, n’avaient pas voulu se sépa-rer après les élections, et ils étaient demeurésassemblés, soit pour donner des instructions aleurs députés, soit par ce besoin de se réunir, des’agiter, qui est toujours dans le cœur des boni'mes, et qui éclate avec d’autant plus de violencequ’il a été plus longtemps comprimé. Ils avaienteu le même sort que l’assemblée nationale : Flieu de leur séance ayant été fermé, ils s’étaientrendus dans un autre ; enfin ils avaient obtenu l’ou-verture de l’hôtel de ville, et là ils continuaientde se réunir et de correspondre avec leurs dépU'tés. Il n’existait point encore de feuilles publique 5rendant compte des séances de l’assemblée natif'nale; on avait besoin de se rapprocher pour s’en'tretenir et s’instruire des événements. Le jardi 11du Palais-Royal était le lieu des plus fréquent 5rassemblements. Ce magnifique jardin, entouré de 5plus riches magasins de l’Europe , et formant une de'pendance du palais du duc d’Orléans, était le ren'dez-vous des étrangers, des débauchés, des oisif 5 ’et surtout des plus grands agitateurs. Les discouf 5les plus hardis étaient proférés dans les cafés e 11dans le jardin même. On voyait un orateur monte 1sur une table, et, réunissant la foule autour de h' 1 ’l’exciter parles paroles les plus violentes, parole*toujours impunies, car la multitude régnait là Cl1souveraine. Des hommes qu’on supposait dévoue*au duc d’Orléans s’y montraient des plus ardent 5 'Les richesses de ce prince, ses prodigalités c 0 ,rnues, ses emprunts énormes, son voisinage, s 0 ’ 1ambition, quoique vague, tout a dû le faire aCcuser. L’histoire , sans désigner aucun nom, p eljlassurer du moins que l’or a été répandu. Si la p at 'tie saine de la nation voulait ardemment la liberté'si la multitude inquiète et souffrante voulait s’ a ê lter et faire son sort meilleur, il y a eu aussiinstigateurs qui ont quelquefois excité cette rauF 1lude et dirigé peut-être quelques-uns de sescoup^Du reste, cette influence n’csl point à cowp 1 *'