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Tome I.
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$0 RÉVOLUTION

par la cour, à la sûreté intérieure menacée parles brigands ; il fallait à chaque instant calmer lessoupçons du peuple, qui se croyait trahi, et sau-ver de sa fureur ceux qui excitaient sa défiance.On voyait là des voitures arrêtées, des convoisinterceptés, des voyageurs attendant la permissionde continuer leur route. Pendant la nuit, l’hôtelde ville fut encore une fois menacé par les bri-gands; un électeur, le courageux Moreau deSaint-Méry, chargé d’y veiller, fit apporter des barilsde poudre, et menaça de le faire sauter. Les bri-gands s’éloignèrent à cette vue. Pendant ce temps,les citoyens retirés chez eux se tenaient prêts àtous les genres d’attaque; ils avaient dépavé lesrues, ouvert des tranchées, etpris touslesmoyensde résister à un siège.

Pendant ces troubles de la capitale, la conster-nation régnait dans l’assemblée. Elle s’était forméele 13 au matin, alarmée des événements qui sepréparaient, et ignorant encore ce qui s’étaitpassé à Paris . Le député Mounier s’élève le pre-mier contre le renvoi des ministres. Lally-Tolen-dal lui succède à la tribune, fait un magnifiqueéloge de Nccker, et tous deux s’unissent pourproposer une adresse dans laquelle on demanderaau roi le rappel des ministres disgraciés. Undéputé de la noblesse, M. de Virieu, proposemême de confirmer les arrêtés du 17 juin par unnouveau serment. M. de Clermont-Tonnerre s’op-pose à cette proposition, comme inutile ; et, rap-pelant les engagements déjà pris par l’assemblée,s’écrie : <e La constitution sera, ou nous ne serons» plus. » La discussion s’était déjà prolongée,lorsqu’on apprend les troubles de Paris pendantla matinée du 13, et les malheurs dont la capitaleétait menacée, entre des Français indisciplinésqui, selon l’expression du duc de Larocliefoucault,n’étaient dans la main de personne, et des etran-gers disciplinés, qui étaient dans la main du des-potisme. On arrête aussitôt d’envoyer une députa-tion au roi, pour lui peindre la désolation de lacapitale, et le supplier d’ordonner le renvoi destroupes et l’établissement des gardes bourgeoises.Le roi fait une réponse froide et tranquille quine s’accordait pas avec son cœur, et répète queParis ne pouvait pas se garder. L’assemblée alors,s’élevant au plus noble courage, rend un arrêtémémorable dans lequel elle insiste sur le renvoides troupes, et sur l’établissement des gardesbourgeoises, déclare les ministres et tous lesagents du pouvoir responsables , fait peser sur les

ï FRANÇAISE.

conseils du roi, de fjitdijHe rang qu’ils puissentêtre, la responsabilité des malheurs qui se pré-parent ; consolide la dette publique, défend deprononcer le nom infâme de banqueroute, per-siste dans ses précédents arrêtés, et ordonne auprésident d’exprimer ses regrets à M. Necker,ainsi qu’aux autres ministres. Après ces mesurespleines d’énergie et de prudence, l’assemblée,pour préserver ses membres de toute violencepersonnelle, se déclare en permanence, et nommeM. de Lafayclte vice-président, pour soulager lerespectable archevêque de Vienne, à qui son âgene permettait pas de siéger jour et nuit.

La nuit du 13 au 14 s’écoula ainsi au milieu dutrouble et des alarmes. A chaque instant, desnouvelles funestes étaient données et contredites;on ne connaissait pas tous les projets de la cour,mais on savait que plusieurs députés étaient me-nacés, que la violence allait être employée contreParis et les membres les plus signalés de l’assem-blée. Suspendue un instant, la séance fut repriseà cinq heures du matin, 14 juillet. L’assemblée,avec un calme imposant, reprit les travaux de laconstitution, discuta avec beaucoup de justesseles moyens d’en accélérer l’exécution, et de laconduire avec prudence. Un comité fut nommépour préparer les questions; il se composait deMM. l’évêque d’Autun, l’archevêque de Bordeaux ,Lally, Clermont-Tonnerre , Mounier , Sieyes ,Chapelier et Bergasse . La matinée s’écoula; onapprenait des nouvelles toujours plus sinistres; leroi, disait-on, devait partir dans la nuit, et l’as-semblée rester livrée à plusieurs régiments étran-gers. Dans ce moment, on venait de voir lesprinces, la duchesse de Polignac et la reine, sepromenant à l’orangerie, flattant les officiers etles soldats, et leur faisant distribuer des rafraî-chissements. Il paraît qu’un grand dessein étaitconçu pour la nuit du 14 au 13, que Paris devaitêtre attaqué sur sept points, le Palais-Royal en-veloppé, l’assemblée dissoute, et la déclarationdu 23 juin portée au parlement ; qu’enlin il devaitêtre pourvu aux besoins du trésor parla banque-route et les billets d’État. Il est certain que le scommandants des troupes avaient reçu l’ordre des’avancer du 14 au 13, que les billets d’État avaientété fabriqués, que les casernes des Suisses étaientpleines de munitions, et que le gouverneur de l 3Bastille avait déménagé, ne laissant dans la placeque quelques meubles indispensables. Dans l-'près-midi, les terreurs de l’assemblée redoublé'