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Tome I.
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ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789).

'“CM; on venait de voir passer le prince de Lam-^sc à toute bride; on entendait le bruit du canon,et on appliquait l’oreille à terre pour saisir lesMoindres bruits. Mirabeau proposa alors de sus-pendre toute discussion, et d’envoyer une secondeRéputation au roi. La députation partit aussitôtPour faire de nouvelles instances. Dans ce moment,Reus membres de l’assemblée, venus de Paris entoute hâte, assurèrent qu’on s’y égorgeait; l’un«Peux attesta qu’il avait vu un cadavre décapité etrevêtu de noir. La nuit commençait à se faire; onannonça l’arrivée de deux électeurs. Le plus pro-fond silence régnait dans la salle ; on entendait lebruit de leurs pas dans l’obscurité ; et on appritde leur bouche que la Bastille était attaquée, quee canon avait tiré, que le sang coulait, et qu’onet ait menacé des plus affreux malheurs. Aussitôt,One nouvelle députation fut envoyée avant le re-tour de la précédente. Tandis qu’elle partait, laPremière arrivait et rapportait la réponse du roi.

e roi avait ordonné, disait-il, l’éloignement destroupes campées au Champ de Mars, et, ayanta Ppris ht formation de la garde bourgeoise, ilavait nommé des officiers pour la commander.

l’arrivée de la seconde députation, le roi,tnpjourg plus troublé, lui dit ; « Messieurs, vous

* Réchirez mon cœur déplus en plus par le récit

* «]ne vous me faites des malheurs de Paris . Il! n est pas possible que les ordres donnés auxs troupes en soient la cause. » On n’avait obtenuencore que l’éloignement de l’armée. Il était deux^eures après minuit. On répondit à la ville de

nriss que deux députationsavaient été envoyées,et que les instances seraient renouvelées le lende-tt'Mn, jusqu’à ce qu’elles eussent obtenu le succèsIn on avait droit d’attendre du cœur du roi, lors-9ne des impressions étrangères n’en arrêteraientplus les mouvements. » La séance fut un momentSuspendue, et on apprit le soir les événements dela journée du 14.

Le peuple, dès la nuit du 15, s’était porté versla Bastille ; quelques coups de fusil avaient étél ' 1- és, et il paraît que des instigateurs avaientProféré plusieurs fois le cri : A la Bastille! Lev ®u de sa destruction se trouvait dans quelquescahiers ; ainsi les idées avaient pris d’avance cetteR' r ection. On demandait toujours des armes. Lel )r uit s’était répandu que l’hôtel des Invalides enc ontenait un dépôt considérable. On s’y rend aus-S| tôt. Le commandant, M. deSombreuil, en fait

«Rendre l’entrée, disant qu’il doit demander des

ordres à Versailles . Le peuple ne veut rien en-tendre , se précipite dans l’hôtel, enlève les canonset une grande quantité de fusils. Déjà dans cemoment une foule considérable assiégeait la Bas-tille. Les assiégeants disaient que le canon de laplace était dirigé sur la ville, et qu’il fallait em-pêcher qu’on ne tirât sur elle. Le député d’undistrict demande à être introduit dans la forte-resse, et l’obtient du commandant. En faisant lavisite, il trouve trente-deux Suisses et quatre-vingt-deux invalides, et reçoit la parole de la gar-nison de ne pas faire feu si elle n’est attaquée.Pendant ces pourparlers, le peuple, ne voyantpas paraître son député, commence à s’irriter, etcelui-ci est obligé de se montrer pour apaiser lamultitude. Il se retire enfin vers onze heures dumalin. Une demi-heure s’était à peine écoulée,qu’une nouvelle troupe arrive en armes, en criant :« Nous voulons la Bastille, j> La garnison sommeles assaillants de se retirer, mais ils s’obstinent.Deux hommes montent avec intrépidité sur le toitdu corps de garde, et brisent à coups de hache leschaînes du pont, qui retombe. La foule s’y préci-pite, et court à un second pont pour le franchirde même. En ce moment une décharge de mous-queterie l’arrête: elle recule, mais en faisant feu.Le combat dure quelques instants. Les électeursréunis à l’hôtel de ville, entendant le bruit de lamousqueterie, s’alarment toujours davantage, etenvoient deux députations, l’une sur l’autre, poursommer le commandant de laisser introduire dansla place un détachement de milice parisienne, surle motif que toute force militaire dans Paris doitêtre sous la main de la ville. Ces deux députa-tions arrivent successivement. Au milieu de cesiège populaire, il était très-difficile de se faireentendre. Le bruit du tambour, la vue d’un dra-peau, suspendent quelque temps le feu. Les dé-putés s’avancent; la garnison les attend, mais ilest impossible de s’expliquer. Des coups de fusilsont tirés on ne sait d’où. Le peuple, persuadéqu’il est trahi, se précipite pour mettre le feu àla place; la garnison tire alors à mitraille. Lesgardes françaises arrivent avec du canon et com-mencent une attaque en forme.

Sur ces entrefaites, un billet adressé par lebaron de Besenval à Delaunay, commandant dela Bastille, est intercepté et lu à l’hôtel de ville.Besenval engageait Delaunay à résister, lui assu-rant qu’il serait bientôt secouru. C’était en elïètdans la soirée de ce jour que devaient s’exécuter