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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE .

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dont toutes les imaginations étaient frappées, l’ar-rivée de l’étranger, la nullité des moyens de dé-fense , la révolte d’un général contre l’assemblée,l’opposition d’unefoule de directoires de départe-ment, et les menaces terribles et absurdes faitesau nom de Brunswick; en conséquence, il conclutà la déchéance du roi, et demanda à l’assembléede mettre cette importante question à l’ordre dujour.

Cette grande proposition, qui n’avait encore étéfaite que par des clubs, des fédérés, des communes,venait d’acquérir un autre caractère en étant pré-sentée au nom de Paris et par son maire. Elle futaccueillie plutôt avec étonnement qu’avec faveurdans la séance du matin. Mais le soir, la discussions’ouvrit, et l’ardeur d’une partie de l’assemblée sedéploya sans retenue. Les uns voulaient qu’on dis-cutât la question sur-le-champ, les autres qu’onl’ajournât. On finit par la remettre au jeudi,9 août, et on continua à recevoir et à lire des péti-tions exprimant, avec plus d’énergie encore quecelle du maire, le même vœu et les mêmes senti-ments.

La section de Mauconseil, allant plus loin queles autres, ne se borna pas à demander la dé-chéance, mais la prononça de sa pleine autorité.Elle déclara qu’elle ne reconnaissait plusLouisXVIpour roi des Français, et qu’elle irait bientôt de-mander au corps législatif s’il voulait enfin sauverla France ; de plus, elle invita toutes les sectionsde l’empire (qu’elle n’appelait déjà plus royaume)à imiter son exemple.

Comme on l’a déjà vu, l’assemblée ne suivait pasle mouvement insurrectionnel aussi vite que lesautorités inférieures, parce que, chargée de veillersur les lois, elle était obligée de les respecter da-vantage. Elle se trouvait ainsi fréquemment devan-cée par les corps populaires, et voyait le pouvoirs’échapper de ses mains. Elle cassa donc l’arrêtéde la section de Mauconseil ; Vergniaud et Cambonemployèrent les expressions les plus sévères contrecet acte, qu’ils appelèrent une usurpation de lasouveraineté du peuple. II paraît cependant quedans cet acte, ils condamnaient moins la violationdes principes que la précipitation des pétitionnai-res, et surtout l’inconvenance de leur langage àl’égard de l’assemblée nationale.

Le terme de toutes les incertitudes approchait;le même jour on se réunissait en même temps dansle comité insurrectionnel des fédérés, et chez lesamis du roi, qui préparaient sa fuite. Le comité

remit l’insurrection au jour où l’on discuterait ladéchéance, c’est-à-dire au 9 août au soir, pour le40 au matin. De leur côté, les amis du roi délibé-raient sur sa fuite, dans le jardin de M. de Mont-morin. MM. de Liancourt et de Lafayette y renou-velaient leurs offres. Tout était disposé pour ledépart. Cependant on manquait d’argent; Bertrandde Molleville avait inutilement épuisé la liste civilepour payer des clubs royalistes, des orateurs detribunes, des orateurs de groupes, de prétendusséducteurs qui ne séduisaient personne, et gar-daient pour eux les fonds de la cour. On suppléaau défaut d’argent par des prêts que des sujetsgénéreux s’empressèrent de faire au roi. Les offresde M. de Liancourt ont déjà été rapportées, ildonna tout l’or qu’il avait pu se procurer. D’autrespersonnes fournirent celui qu’elles possédaient.Des amis dévoués se préparèrent à suivre la voi-ture qui transporterait la famille royale, et, s’il lefallait, à périr à ses côtés. Tout étant disposé, lesconseillers réunis chez Montrnorin résolurent ledépart, après un conciliabule qui dura toute unesoirée. Le roi qui les vit immédiatement après,donna son consentement à cette résolution, etordonna qu’on s’entendît avec MM. de Montciel etde Sainte-Croix. Quelles que fussent les opinionsdes hommes qui s’étaient réunis pour celle entre-prise , c’était une grande joie pour eux de croireun moment à la prochaine délivrance du monar-que (46).

Mais le lendemain tout était changé ; le roi filrépondre qu’il ne partirait point, parce qu’il nevoulait pas commencer la guerre civile. Tous ceuxqui, avec des sentiments très-différents, s’intéres-saient également à lui, furent consternés. Us ap-prirent que le motif réel n’était pas celui qu’avaitdonné le roi. Le véritable était d’abord l’arrivéede Brunswick, annoncée comme très-prochaine;ensuite l’ajournement de l’insurrection, et surtoutle refus de la reine de se confier aux constitution-nels. Elle avait énergiquement exprimé sa rép u 'gnance, en disant qu’il valait mieux périr que de semettre dans les mains des gens qui leur avaient faittant de mal *.

Ainsi, tous les efforts des constitutionnels ettous leurs dangers furent inutiles. Lafayette s’étaitgravement compromis. On savait qu’il avait décideLuckner à marcher au besoin sur la capitale. Ce-lui-ci, appelé auprès de l’assemblée, avait tout

* Voyez les Mémoires de Mme Campan , tome II, P- ^