Band 
Tome I.
Seite
155
JPEG-Download
 

155

ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (1792).

avoué au comité extraordinaire des douze. Levieux Luckner était faible et mobile. Quand desmains d’un parti il passait dans celles d’un autre,il se laissait arracher l’aveu de tout ce qu’il avaitentendu ou dit la veille, s’excusait ensuite de ses

aveux en disant qu’il ne savait pas la langue fran-çaise, pleurait et se plaignait de n’être entouré quede factieux. Guadet eut l’adresse de lui faire con-fesser les propositions de Lafayette, et Bureau dePuzy, accusé d’en avoir été l’intermédiaire, futmandé à la barre. C’était un des amis et des offi-ciers de Lafayette; il nia tout avec assurance, etavec un ton qui persuada que les négociations deson général lui étaient inconnues. La question desavoir si on mettrait Lafayette en accusation futencore ajournée.

On approchait du jour fixé pour la discussion dela déchéance; le plan de l’insurrection était arrêtéet connu. Les Marseillais, quittant leur casernetrop éloignée, s’étaient transportés à la section desCordeliers, où se tenait le club du même nom. Ilsse trouvaient ainsi au centre de Paris , et très-prèsdu lieu de l’action. Deux officiers municipauxavaient été assez hardis pour faire distribuer descartouches aux conjurés; tout enfin était préparépour le 10.

Le 8 on délibéra sur le sort de Lafayette. Uneforte majorité le mit hors d’accusation. Quelquesdéputés, irrités de l’acquittement, demandentl’appel nominal; et, à cette seconde épreuve quatrecent quarante-six voix ont le courage de se pro-noncer pour le général, contre deux cent vingt-quatre. Le peuple, soulevé à cette nouvelle, ser éunit à la porte de la salle, insulte les députésqui sortent, et maltraite particulièrement ceux quiPaient connus pour appartenir au côté droit de l’as-semblée, tels que Vaublanc , Girardin, Dumas, etc.Pe tous côtés on s’indigne contre la représentationnationale, et on répète à haute voix qu’il n’y a plusde salut avec une assemblée qui vient d’absoudre

traître Lafayette.

Le lendemain 9 août, une agitation extraordi-naire règne parmi les députes. Ceux qui avaient ete'nsultés la veille se plaignent en personne ou parlettres. Lorsqu’on rapporte que M. Beaucaron allaitêtre livré à la corde, un rire barbare éclate dansles tribunes. Quand on ajoute que M. de Girardina clé frappé, ceux mêmes qui le savaient le mieuxIni demandent avec ironie où et comment. — Eli !

sait-on pas, reprend noblement M. de Girardin,'lue les lâches ne frappent jamais que par derrière !

— Enfin, un membre réclame l’ordre du jour.Cependant l’assemblée décide que le procureur-syndic de la commune, Rœderer, sera mandé à labarre pour être chargé de garantir, sous sa respon-sabilité personnelle, la sûreté et l’inviolabilité desmembres de l’assemblée.

On propose d’interpeller le maire de Paris , etde l’obliger à déclarer par oui ou par non s’il peutassurer la tranquillité publique. Guadet réplique àcette proposition par celle d’interpeller aussi le roi,et de l’obliger à son tour à déclarer, par oui ou parnon, s’il peut répondre de la sûreté et de l’inviola-bilité du territoire.

Cependant, au milieu de ces propositions con-traires, il était facile d’apercevoir que l’assembléeredoutait le moment décisif, et que les girondins eux-mêmes auraient mieux aimé obtenir la dé-chéance par une délibération que de recourir àune attaque douteuse et meurtrière. Rœderer ar-rive sur ces entrefaites, et annonce qu’une sectiona décidé de sonner le tocsin, et de marcher surl’assemblée et sur les Tuileries , si la déchéancen’est pas prononcée. Pétion entre à son tour; il nes’explique pas d’une manière positive, mais il avouedes projets sinistres; il énumère les précautionsprises pour prévenir les mouvements dont on estmenacé, et promet de se concerter avec le dépar-tement pour adopter ses mesures, si elles luiparaissaient meilleures que celles de la munici-palité.

Pétion, ainsique tousses amis girondins, préfé-rait la déchéance prononcée par l’assemblée à uncombat incertain contre le château. La majorilépour la déchéance étant presque assurée, il auraitvoulu arrêter les projets du comité insurrection-nel. Il se présenta donc au comité de surveillancedes jacobins, et engagea Chabot à suspendre l’in-surrection, en lui disant que les girondins avaientrésolu la déchéance et la convocation immédiated’une convention nationale, qu’ils étaient sûrs dela majorité, et qu’il ne fallait pas s’exposer à uneattaque dont le résultat serait douteux. Chabotrépondit qu’il n’y avait rien à espérer d’une assem-blée qui avait absous le scélérat Lafayette; quelui, Pétion, se laissait abuser par ses amis; que lepeuple avait enfin pris la résolution de se sauverlui-même, et que le tocsin sonnerait le soir mêmedans les faubourgs.

« Vous aurez donc toujours mauvaise tête,reprit Pétion. Malheur à vous, si on s’insurge ! Jeconnais votre influence, mais j’ai aussi la mienne,