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RÉVOLUTION FRANÇAISE.
et je l’emploierai contre vous. — Vous serez ar-rêté, répliqua Chabot, et on vous empêcherad’agir. »
Les esprits étaient en effet trop excités pour queles craintes de Pétion pussent être comprises etque son influence pût s’exercer. Une agitation gé-nérale régnait dans Paris ; le tambour battait lerappel dans tous les quartiers ; les bataillons de lagarde nationale se réunissaient et se rendaient àleurs postes, avec des dispositions très-diverses.Les sections se remplissaient, non pas du plusgrand nombre de citoyens, mais des plus ardents.Le comité insurrectionnel s’était formé sur troispoints. Fournier et quelques autres étaient au fau-bourg Saint-Marceau; Santerre et Westermannoccupaient le faubourg Saint-Antoine; Danton ,enfin, Camille Desmoulins , Carra, étaient auxCordeliers avec le bataillon de Marseille . Barba-roux, après avoir placé des éclaireurs à l’assembléeet au château, avait disposé des courriers prêts àprendre la roule du Midi. Il s’était pourvu enoutre d’une dose de poison, tant on était incertaindu succès, et il attendait aux Cordeliers le résultatde l’insurrection. On ne sait où était Robespierre ;Danton avait caché Marat dans une cave de la sec-tion , et s’était ensuite emparé de la tribune desCordeliers. Chacun hésitait, comme à la veilled’une grande résolution; mais Danton , propor-tionnant l’audace à la gravité de l’événement, fai-sait retentir sa voix tonnante ; il énumérait ce qu’ilappelait les crimes de la cour; il rappelait la hainede celle-ci pour la constitution, ses paroles trom-peuses, ses promesses hypocrites, toujours (dé-menties par sa conduite, et enfin ses machinationsévidentes pour amener l’étranger. « Le peuple,disait-il, ne peut plus recourir qu’à lui-même, carla constitution est insuffisante, et l’assemblée aabsous Lafayette ; il ne reste donc plus que vouspour vous sauver vous-mêmes. Hâtez-vous donc,car cette nuit même, des satellites cachés dans lechâteau doivent faire une sortie sur le peuple, etl’égorger avant de quitter Paris pour rejoindreCoblentz . Sauvez-vous donc; aux armes! auxarmes! »
Dans ce moment, un coup de fusil est tiré dansla cour du Commerce : le cri aux armes devientbientôt général, et l’insurrection est proclamée. Ilétait alors onze heures et demie. Les Marseillaisse forment à la porte des Cordeliers, s’emparentdes canons, et se grossissent d’une foule nombreusequi se range à leurs côtés. Camille Desmoulins et
d’autres se précipitent pour aller faire sonner letocsin; mais ils ne trouvent pas la même ardeurdans les différentes sections. Ils s’efforcent de ré-veiller leur zèle; bientôt elles se réunissent etnomment des commissaires, qui doivent aller àl’hôtel de ville remplacer l’ancienne municipalité,et s’emparer de tous les pouvoirs. Enfin on courtaux cloches, on s’en empare de vive force, et letocsin commence à sonner. Ce bruit lugubre re-tentit dans l’immense étendue de la capitale, il sepropage de rues en rues et d’édifices en édifices;il appelle les députés, les magistrats, les citoyensà leurs postes; il arrive enfin au château, et vienty annoncer que la nuit fatale approche ; une nuitterrible, une nuit d’agitation et de sang, qui de-vait être pour le monarque la dernière passée dansle palais de ses pères!
Des émissaires de la cour venaient de lui ap-prendre qu’on touchait au moment de la cata-strophe; ils avaient rapporté le mot du présidentdes Cordeliers, qui avait dit à ses gens qu’il nes’agissait plus, comme au 20 juin, d’une simplepromenade civique; c’est-à-dire que si le 20 juinavait été la menace, le 10 août devait être le coupdécisif. On n’en doutait plus en effet. Le roi, lareine, leurs deux enfants, leur sœur madameÉlisabeth, ne s’étaient pas couchés, et, après lesouper, avaient passé dans la salle du conseil, oùse trouvaient tous les ministres et un grand nom-bre d’officiers supérieurs. On y délibérait, dans lutrouble, sur les moyens de sauver la famiH eroyale. Les moyens de résistance étaient faibles»ayant été presque anéantis, soit par les décretsde l’assemblée, soit par les fausses mesures de 1*cour elle-même.
La garde constitutionnelle, dissoute par un dé'cret de l’assemblée, n’avait pas été remplacée p arle roi, qui avait mieux aimé lui continuer ses a P'pointcments que d’en former une nouvelle: c f"taienl dix-huit cents hommes de moins au d> a 'teau.
Les régiments dont les dispositions avaient p alUfavorables au roi, pendant la dernière fédéraU 00 ’avaient été éloignés de Paris par le moyen accoutumé des décrets.
Les Suisses n’avaient pu être éloignés, S race j eleurs capitulations ; mais on les avait privesleur artillerie; et la cour, lorsqu’elle fut un mo^ment décidée à fuir dans la Normandie , y aV ,envoyé l’un de ces fidèles bataillons, sous le P retexte de veiller à l’arrivage des grains. Cebatai