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* RÉVOLUTION FRANÇAISE.
niers sont qualifiés avec égard, où leur sobriétéest vantée, où Louis XVI est justifié du bas re-proche de trop se livrer au goût du vin, ces rap-ports non suspects portent la dépense de la tableà 28,745 livres en deux mois. Tandis que treizedomestiques occupaient la cuisine, un seul pou-vait pénétrer dans la prison, et aidait CJéry à servirles prisonniers à table. Eh bien, tant est ingénieusela captivité ! c’était par ce domestique, dont Cléryavait intéressé la sensibilité, que les nouvellesextérieures pénétraient quelquefois au Temple.On avait toujours laissé ignorer aux malheureuxprisonniers les événements du dehors. Les repré-sentants de la commune s’étaient contentés de leurcommuniquer les journaux qui mentionnaient lesvictoires de la république, et qui leur ôtaient ainsitout espoir.
Cléry avait imaginé, pour les tenir au courant,un moyen adroit, et qui lui réussissait assez bien.Par le moyen des communications qu’il s’était mé-nagées au dehors, il avait fait choisir et payer uncrieur public, qui venait se placer sous les fenêtresdu Temple, et sous prétexte de vendre des jour-naux, en rapportait les principaux détails de toutela force de sa voix. Cléry, qui était convenu del’heure, se plaçait auprès de la même fenêtre,recueillait ce qu’il entendait, et le soir, se pen-chant sur le lit du roi, à l’instant où il lui en fer-mait les rideaux, il lui rapportait ce qu’il avaitappris. Telle était la situation de la famille infor-tunée tombée du trône dans les fers, et la manièredont le zèle industrieux d’un serviteur fidèle lut-tait avec la défiance ombrageuse de ses gardiens.
Les comités avaient enfin présenté leur travailsur le procès de Louis XVI. Dufriche-Valazé avaitfait un premier rapport sur les faits reprochés aumonarque, et sur les pièces qui pouvaient les con-stater. Ce rapport, trop long pour être entendujusqu’au bout, fut imprimé par ordre de la con-vention , et distribué à chacun de ses membres.Le 7 novembre, le député Maille, parlant au nomdu comité de législation, présenta le rapport surles grandes questions auxquelles le procès donnaitnaissance :
Quel tribunal prononcera le jugement?
Telles étaient les deux questions essentielles quiallaient occuper les esprits, et qui devaient lesagiter profondément. L’impression du rapport futordonnée sur-le-champ. Traduit dans toutes les lan-gues, distribué un nombre considérable d’exem-
plaires, il remplit bientôt la France et l’Europe .La discussion fut ajournée au 13, malgré Billaucl-Varennes, qui voulait qu’on décidât par acclama-tion la question de la mise en jugement:
Ici allait se livrer la derrière lutte entre lesidées de l’assemblée constituante et les idées de laconvention; et cette lutte devait être d’autant plusviolente que la vie ou la mort d’un roi allait enêtre le résultat. L’assemblée constituante était dé-mocratique par ses idées, et monarchique par sessentiments. Ainsi, tandis qu’elle constituait l’Étattout entier en république, par un reste d’affectionet de ménagement pour Louis XVI , elle conservaitla royauté avec les attributs qu’on est convenu delui attribuer, dans le système de la monarchieféodale régularisée. Hérédité, pouvoir exécutif,participation au pouvoir législatif, et surtout invio-labilité, telles sont les prérogatives que l’on recon-naît au trône dans les monarchies modernes, etque la première assemblée avait laissées à la mai-son régnante. La participation au pouvoir législatifet le pouvoir exécutif sont des fonctions qui peu-vent varier dans leur étendue, et qui ne constituentpas aussi essentiellement la royauté moderne quel’hérédité et l’inviolabilité. De ces deux dernières,l’une assure la transmission perpétuelle et natu-relle de la royauté, la seconde la met hors de touteatteinte dans la personne de chaque héritier; toutesdeux enfin en font quelque chose de perpétuel quine s’interrompt pas, et quelque chose d’inacces-sible qu’aucune pénalité ne peut atteindre. Con-damnée à n’agir que par des ministres, qui répon-dent de ses actions, la royauté n’est accessible quedans ses agents, et on a ainsi un point pour lafrapper sans l’ébranler. Telle est la monarchieféodale , successivement modifiée par le temps, etconciliée avec le degré de liberté auquel sont par-venus les peuples modernes.
Cependant l’assemble constituante avait été por-tée à mettre une restriction à cette inviolabilitéroyale. La fuite à Varennes, les entreprises desémigrés, l’amenèrent enfin à penser que la res-ponsabilité ministérielle ne garantirait pas unenation de toutes les fautes de la royauté. Elle avaiten conséquence prévu le cas où un monarque semettrait à la tête d’une armée ennemie pour atta-quer la constitution de l’État, ou bien ne s’oppose-rait pas, par un acte formel, à une entreprise decette nature faite en son nom. Dans ce cas, elleavait déclaré le monarque non point justiciable deslois ordinaires contre la félonie, mais déchu; il