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CONVENTION NATIONALE (1793).
s expose à de nouveaux orages, en demandantqu’après tant de violations des formes de la jus-tice, on observe au moins celle qui exige les deuxtiers des suffrages.—Nous votons, s’écrie-t-il, sousle poignard et le canon des factieux.—A ces mots,de nombreux cris s’élèvent, et la convention ter-mine le débat, en déclarant que la forme de sesdécrets est unique, et que d’après cette forme, ilssont tous rendus à la simple majorité.
Il est sept heures et demie du soir, et l’appelnominal commence pour durer toute la nuit. Lesuns prononcent simplement la mort; les autres sedéclarent pour la détention, et le bannissement à lapaix; un certain nombre vole la mort avec unerestriction, c’est d’examiner s’il ne serait pas con-venable de surseoir à l’exécution. Mailhe était l’au-teur de celle restriction, qui pouvait sauverLouis XVI , car le temps était tout ici, et un délaiéquivalait aune absolution. Un assez grand nombrede députés s’étaient rangés à cet avis. L’appel con-tinue au milieu du tumulte. Dans ce moment, l’in-térêt qu’avait inspiré Louis XVI était parvenu àson comble, et beaucoup de membres étaient ar-rivés avec l’intention de voter en sa faveur ; maisd’autre part aussi, l’acharnement de ses ennemiss était accru, et le peuple avait lini par identifierla cause de la république avec la mort du dernierroi, et à regarder la république comme condam-née, et la royauté comme rétablie, si Louis XVI était sauvé. Effrayés delà fureur que soulevait celteconviction populaire, beaucoup de membres re-doutaient la guerre civile, et, quoique fort émusdu sort de Louis XVI , étaient épouvantés des suitesd’un acquittement. Cette crainte devenait plusgrande à la vue de l’assemblée et de la scène quis y passait. A mesure que chaque député montait1 escalier du bureau, on se taisait pour l’entendre;niais après son vote, les mouvements d’approba-lion ou d’improbation s’élevaient aussitôt, et ac-compagnaient son retour. Les tribunes accueillaientPar des murmures tout vote qui n’était point pourla mort; souvent elles adressaient à l’assembléee He-même des gestes menaçants. Les députés yr épondaient dans l’intérieur de la salle, et il enr ésultait un échange tumultueux de menaces et deParoles injurieuses. Cette scène sombre et terribleavait ébranlé toutes les âmes, et changé bien desr ésolutions. Lecointre de Versailles, dont le cou-r age nétait pas douteux, et qui n’avait cessé degesticuler contre les tribunes, arrive au bureau,* es 'te, et laisse tomber de sa bouche le mot in-
attendu et terrible : la mort. Vergniaud, quiavait paru profondément touché du sort deLouis XVI , et qui avait déclaré à des amis quejamais il ne pourrait condamner ce malheureuxprince, Vergniaud, à l’aspect de cette scène dés-ordonnée, croit voir la guerre civile en France , etprononce un arrêt de mort, en y ajoutant néanmoinsl’amendement de Mailhe . On l’interroge sur sonchangement d’opinion, et il répond qu’il a cru voirla guerre civile prête à éclater, et qu’il n’a pas osémettre en balance la vie d’un individu avec le salutde la France .
Presque tous les girondins adoptèrent l'amen-dement de Mailhe . Un député dont le vote excitasurtout une vive sensation fut le duc d’Orléans.Obligé de se rendre supportable aux jacobins oude périr, il prononça la mort de son parent, et re-tourna à sa place au milieu de l’agitation causéepar son vote. Cette triste séance dura toute la nuitdu 16 et toute la journéedu 17, jusqu’à sept heuresdu soir. On attendait le recensement des voix avecune impatience extraordinaire. Les avenues étaientremplies d’une foule immense, au milieu de la-quelle on se demandait de proche en proche le ré-sultat du scrutin. Dans l’assemblée on était incer-tain encore, etoncroyait avoir entendules motsderéclusion ou de bannissement proférés aussi souventque celui de la mort. Suivant les uns, il manquaitun suffrage pour la condamnation; suivant les au-tres, la majorité existait, mais elle n’était que d’uneseule voix. De toutes parts enfin, on disait qu’unseul avis pouvait décider la question, et on regar-dait avec anxiété si un volant nouveau n’arrivaitpas. En ce moment paraît à la tribune un hommequi s’avance avec peine, et dont la tête enveloppéeannonce un malade. C’est Duchastel, député desDeux-Sèvres , qui s’est arracliéde son lit pour venirdonner son vote. A cette vue, des cris tumultueuxs’élèvent. On prétend que les macliinateurs sontallés le chercher pour sauver Louis XVI . On veutl’interroger, mais l’assemblée s’y refuse, et luidonne la faculté de voter en vertu de la décisionqui admettait le suffrage après l’appel nominal.Duchastel monte avec fermeté à la tribune, et aumilieu de l’attente universelle prononce le bannis-sement.
De nouveaux incidents se succèdent. Le ministredes affaires étrangères demande la parole pourcommuniquer une note du chevalier d’Ocariz,ambassadeur d’Espagne . Il offrait la neutralité del’Espagne , et sa médiation auprès de toutes les