aüü
puissances, si on laissait la vie à Louis XVI . Lesmontagnards impatients prétendent que c’est unincident combiné pour faire naître de nouveauxobstacles, et demandent Tordre du jour. Danton veut que sur-le-champ on déclare la guerre à l’Es-pagne . L’assemblée adopte Tordre du jour. On an-nonce ensuite une nouvelle demande : ce sont lesdéfenseurs de Louis XVI qui veulent paraîtredevant l’assemblée pour lui faire un communica-tion. Nouveaux cris du côté de la Montagne. Ro-bespierre prétend que toute défense est terminée,que les conseils n’ont plus rien à faire entendre àla convention, que l’arrêt est rendu, et qu’il fautle prononcer. On décide que les défenseurs neseront introduits qu’après la prononciation del’arrêt.
Vergniaud présidait. « Citoyens, dit-il, je vaisi> proclamer le résultat du scrutin. Vous garderez,» je l’espère, un profond silence. Quand la justice» a parlé, l’humanité doit avoir son tour. »
L’assemblée était composée de sept cent qua-rante-neuf membres : quinze étaient absents parcommission, huit par maladie, cinq n’avaient pasvoulu voter, ce qui réduisait le nombre des dé-putés présents à sept cent vingt et un, et la majo-rité absolue à trois cent soixante et une voix. Deuxcent quatre-vingt-six avaient voté pour la détentionou le bannissement avec différentes conditions.Deux avaient volé pour les fers; quarante-six pourla mort avec sursis, soit jusqu’à la paix, soit jus-qu’à la ratification de la constitution. Vingt-sixs’étaient prononcés pour la mort, mais commeMailhe , ils avaient demandé qu’il fût examiné s’ilne serait pas utile de surseoir à l’exécution. Leurvote était néanmoins indépendant de cette der-nière clause. Trois cent soixante et un avaient votépour la mort sans condition.
Le président, avec l’accent delà douleur, dé-clare au nom de la convention que la peine pro-noncée contre Louis Capet est la mort.
Dans ce moment, on introduit à la barre les dé-fenseurs de Louis XVI. M. Desèze prend la parole,et dit qu’il est envoyé par son client pour interjeterappel auprès du peuple du jugement rendu par laconvention. Il s’appuie sur le petit nombre de voixqui ont décidé la condamnation, et soutient que,puisque de tels doutes se sont élevés dans lesesprits, il convient d’en référer à la nation elle-même. Tronchet ajoute que le code pénal ayantété suivi quant à la sévérité de la peine, on au-rait dû le suivre au moins quant à l’humanité des
formes; et que celle qui exige les deux tiers devoix n’aurait pas dû être négligée. Le vénérableMalesherbes parle à son tour, et, d’une voix en-trecoupée par les sanglots. « Citoyens, clil-il, je
» n’ai pas l’habitude de la parole.Je vois avec
» douleur qu’on me refuse le temps de rallier mes» idées sur la manière de compter les voix... J’ai» beaucoup d’observations à vous communiquer....» mais.... Citoyens.... pardonnez mon trouble....» accordez-moi jusqu’à demain pour vous présenterï mes idées. »
L’assemblée est émue à la vue des larmes et descheveux blanchis de ce vénérable vieillard. « Ci-, » toyens, dit Vergniaud aux trois défenseurs, la» convention a entendu vos réclamations ; elles» étaient pour vous un devoir sacré. Veut-on,» ajoute-t-il en s’adressant à l’assemblée, décerner» les honneurs de la séance aux défenseurs de» Louis? » —Oui, oui, s’écrie-t-on à l’unani-mité.
Robespierre prend aussitôt la parole, et rappe-lant le décret rendu contre l’appel au peuple, re-pousse la demande des défenseurs. Guadet veutque, sans admettre l’appel au peuple, on accordevingt-quatre heuresà Malesherbes. Merlin de Douai soutient qu’il n’y a rien à dire sur la manière decompter les voix, car, si le code pénal qu’on invo-que exige les deux tiers des voix pour la déclara-tion du fait, il n’exige que la simple majorité pourl’application de la peine. Or, dans le cas actuel, laculpabilité a été déclarée à la presque unanimitédes voix; et dès lors peu importe que pour la peineon n’ait obtenu que la simple majorité.
D’après ces diverses observations, la conven-tion passe à Tordre du jour sur les réclamationsdos défenseurs, déclare nul l’appel de Louis, etrenvoie au lendemain la question du sursis. Le len-demain 18, on prétend que l’énumération desvotes ne s’est pas faite exactement, et on demandequ’elle soit recommencée. Toute la journée sepasse en contestations; enfin le calcul est reconnuexact, et on est obligé de remettre au jour suivantla question du sursis.
Le 19 enfin, on agite cette dernière question.C’était remettre en problème tout le procès, cavun délai était pour Louis XVI la vie même. Aussi,après avoir épuisé toutes les raisons, en discutantla peine et l’appel, les girondins et ceux qui vou-laient sauver Louis XVI ne savaient plus quelsmoyens employer; ils alléguèrent encore des rai-sons politiques; niais on leur répondit que si